L’orchestre de gamelan et le baris : deux traditions indonésiennes

Dans une légende javanaise sur l’origine du gamelan, un dieu nommé Sang Hyang Guru régnait sur Java depuis le sommet du mont Lawu. Il créa un gong magique qu’il frappait depuis son royaume montagneux pour invoquer les autres dieux, créant ainsi le premier gamelan.

Composés d’instruments de percussion tels que des métallophones de type xylophone, des gongs, des instruments à cordes, des tambours et quelques flûtes, ils sont considérés comme des pusaka — un patrimoine culturel doté d’un pouvoir surnaturel. À Bali, les cymbales sont souvent utilisées et la musique des gamelans est remplie de différents tempos, de changements rythmiques et de dynamiques soudaines. Sur l’île de Java, les joueurs de gamelan produisent un son plus calme en utilisant des maillets rembourrés. Colin McPhee, compositeur expatrié à Bali dans les années 1930, a décrit la différence comme telle : « Alors que le calme classique de la musique et de la danse javanaise n’est jamais perturbé, la musique et la danse à Bali sont turbulentes et dramatiques, remplies de contrastes et d’effets audacieux. Les musiciens javanais trouvent la musique de Bali barbare. Les balinais se plaignent que la musique de Java « les endort ».

Afin de continuer votre lecture et de vous imprégner pleinement de l’univers sonore qui se dégage des orchestres de gamelan, je vous propose un accompagnement de I Made Subandi, célèbre joueur de l’île des Dieux :

I Made Subandi, Music from Bali.

Les danseurs baris : gardes du corps des dieux de Bali 

Le baris, une ancienne danse guerrière de dévotion dérivée des arts martiaux, est originaire d’Indonésie au XVIe siècle sous le puissant empire Majapahit. A Bali, les soldats pratiquaient le baris comme exercice martial pour défendre leurs rois ainsi que leurs dieux.

Puisque le baris est un acte d’hommage au temple, exécuté par un danseur portant son arme, il est classé comme wali, ou sacré. Toutes les danses wali ont lieu dans le jeroan, la cour la plus intérieure du temple.

Danseur Baris tunggal - Bali
Danseur baris tunggal à Bali.

Comme exercice martial pour la défense de leurs rois et de leurs dieux, les soldats Majapahit dansaient le baris, une danse guerrière de dévotion originaire du XVIe siècle. Baris se traduit par « ligne » et baris gede, une danse pour hommes dans un groupe allant de quatre à soixante, qui signifie « grande ligne ». Aujourd’hui, plus de trente types de baris existent et sont un élément essentiel des cérémonies et des crémations du temple d’Odalan. (Le « Kidung Sunda », un poème javanais de 1550 racontant la crémation d’un grand roi, un massacre horrible et le suicide rituel de masse des veuves qui a suivi, mentionne sept types de baris en cours.) Le baris est un acte en hommage au temple et, par conséquent, il est classé comme wali, ou sacré, et se déroule aussi dans le jeroan, la cour la plus intérieure du temple. Les danseurs portent des armes telles que des lances, des boucliers, des poignards ou des offrandes de fleurs. Le nom de l’arme, de l’offrande ou de la fonction indique de quel type de baris il s’agit : dans un baris tumbak, de longues lances appelées tumbak sont portées, tandis que dans le baris pendet, des offrandes sont portées par les danseurs. Tous ceux-ci entrent dans la catégorie des baris gede, ou groupe rituel baris.

Les mouvements de la tête peuvent tourner soudainement vers la droite ou la gauche, ou être magnifiquement fluides, avec des mouvements latéraux qui donnent l’illusion de la tête flottant sur le cou. Dans la danse balinaise, le taksu est une performance de grande qualité que chaque danseur aspire à acquérir. La maîtrise de tous ces éléments techniques aide le danseur à atteindre ce charisme irrésistible.

Les hommages aux dieux : cérémonies Baris et Odalan

Un Odalan est un hommage aux dieux dans lequel les représentations théâtrales et les danses telles que les Baris sont considérées comme des offrandes religieuses. Un Odalan a lieu tous les 210 jours (une demi-année dans le calendrier balinais) et dure de quelques jours à plus d’une semaine, selon l’importance du temple. Tout le monde dans le village prend part aux préparatifs de l’Odalan. Danseurs et musiciens répètent, les enfants cueillent des fleurs et des palmiers des feuilles pour les somptueuses décorations du temple, d’autres encore préparent des festins et construisent d’imposants plateaux de fruits et de fleurs comme offrandes divines. À l’extérieur du temple, les mauvais esprits sont apaisés avec des offrandes de nourriture éparpillées sur le sol et le sang d’un combat de coqs (qui se produit pendant le rituel d’invitation des divinités à descendre du mont Agung) est versé dans le temple.

Les adeptes hindous-balinais croient que lorsque les dieux descendent, ils prennent la forme d’effigies en bois ressemblant à des poupées appelées pratima. Les danseurs baris servent de gardes du corps à ces divinités, et lors de la conclusion d’un Odalan, ils conduisent une procession vers une source sacrée où les pratima sont rituellement nettoyés. Escortées hors du temple dans des sanctuaires que l’on porte à bras d’hommes, ces sculptures saintes sont accompagnées par toute la congrégation du temple. Les danseurs baris gede gardent le pratima avec leurs armes, les protégeant alors que la direction de la procession passe d’une trajectoire kaja-kelod (Nord vers le Sud) positive à négative. Les pratima sont baignés par les prêtres puis ré-enchâssés dans le temple. Un prêtre récite ensuite des prières de consécration en sanskrit tout en gesticulant des mudras avec ses mains, et la sonnerie de la cloche de son temple marque la fin de l’Odalan.

Groupe traditionnel de gamelan Balinais
L’orchestre de gamelans, formation musicale traditionnelle de Bali.

Costumes et maquillage Baris

Le magnifique costume de baris gede est une variante de ce que portaient les soldats Majapahit il y a des siècles. Une danseuse s’habille d’un pantalon blanc et d’une chemise en coton blanc – une couleur dénotant l’héroïsme et l’honneur. Une bande de tissu appelée setagen s’enroule autour de sa poitrine, lui permettant de porter son keris, un grand poignard, sur son dos. Des couches de panneaux de tissu chatoyants appelés awiran pendent du corps de la danseuse, sérigraphiés avec de l’or et bordés d’une frange de pompons colorés. Sa poitrine, ses épaules et le haut de son dos sont recouverts d’une « armure » en forme de bavoir appelée bapang, laquelle peut être incrustée de pierres colorées ou richement brodée. Des bracelets serrés en velours noir décorés de garnitures dorées et rouges recouvrent ses poignets et ses chevilles. Un casque triangulaire appelé gelungan est orné de centaines de fragments de coquillages en nacre attachés à des ressorts qui permettent à chaque pièce de vibrer pendant qu’il danse. Tous ces éléments de costume rendent la danseuse plus grande que nature, la présentant comme une ennemie redoutable pour les mauvais esprits.

Le maquillage dans la danse balinaise contribue également à créer un effet surhumain. Les mouvements rapides des yeux, si essentiels à la danse, sont sublimés par un eye-liner noir charbon épais et un fard à paupières vif. Le blush rose est appliqué sur les joues et le rouge à lèvres sur la bouche. Un point blanc dessiné entre les sourcils représente le concept hindi du « troisième œil ». Traditionnellement, ce maquillage blanc, fabriqué à partir d’une poudre d’argile blanche, protégeait les danseurs de toute magie noire dirigée contre eux. Aujourd’hui, les danseurs qui se produisent dans les spectacles touristiques utilisent du dentifrice (sic), qui a sans doute ses propres mérites mais qui ne résiste peut-être pas aux esprits malins.

Quelles différences entre baris tunggal et baris solo ?

Anak Agung Gede Sobrat, Baris tunggal soldier, 1969

Bien qu’il n’y ait pas de récit direct, baris tunggal dépeint un fier guerrier : alors qu’il rencontre son ennemi invisible, ses expressions faciales communiquent ses innombrables émotions / actions. Ses mouvements oculaires sont extrêmement prononcés — les mouvements brusques et dardés des yeux du danseur sont entremêlés avec des regards si larges que les yeux sont littéralement renflés dans leurs orbites. Le gong de gamelan kebyar accompagne le baris tunggal. Kebyar, qui se traduit par « éclater en flammes », est un style qui s’est développé à Bali dans les années 1920 et reste encore très populaire aujourd’hui.

Le baris tunggal est souvent la première danse enseignée à un jeune garçon. Ses mouvements puissants et guerriers sont dérivés du baris gede, mais le baris solo permet une plus grande liberté dans la chorégraphie et aucune arme n’est portée.


J’espère que ce dernier article vous aura appris quelque chose de nouveau au sujet de Bali ? Si vous souhaitez prolonger la discussion, vous pouvez ajouter un commentaire juste en de-dessous… J’y réponds toujours 😉

Barong ket et la sorcière Rangda

Bien que l’influence de l’Inde soit fortement présente dans la danse balinaise, l’influence de la Chine se retrouve dans le masque Barong Ket, qui tire ses origines de la danse chinoise du Lion.

Le jour du Nouvel An, le barong (barong ket) défile à travers le village afin de ramener les esprits malveillants vers le cimetière et l’océan. Alors qu’il apporte des bénédictions aux gens pour le Nouvel An, ils le traitent comme une divinité et s’inclinent lorsqu’il passe. S’il y a maladie dans un village, la longue barbe du Barong, faite de cheveux humains, est trempée dans l’eau par le prêtre, qui la transforme en eau bénite utilisée pour la guérison.

Danseuse de Legong à Sukawati
Danseuse Legong, Bali.

Barong, un être joueur et bienveillant

Sous le magnifique barong ket se trouve un cadre en bambou pour donner forme à son corps et à sa queue incurvée, laquelle est recouverte de « fourrure » fabriquée à partir de fibres de palmier. Ses larges épaules sont protégées par une armure de cuir doré parsemée de miroirs, et sa coiffe a des yeux saillants et une bouche béante avec des mâchoires mobiles. Il faut deux danseurs pour jouer le rôle de la créature à quatre pattes. L’homme à l’arrière doit rester penché tout le temps, tandis que le danseur principal claque des mâchoires et bouge les yeux du masque. Tandis que le barong hirsute caracole et se balance vers le gamelan, il peut parfois se hisser sur ses pattes arrières, secouer les mouches ou se retourner pour admirer sa longue queue. Il taquine aussi les musiciens, s’allongeant sur un instrument pendant que l’on essaie de continuer à jouer, ou pose un pied sur un tambour, pour le plus grand plaisir du public.

La sorcière Rangda, veuve immortelle et reine des mauvais esprits

Contrairement au bienfaisant Barong, Rangda est une vieille femme qui a le pouvoir de se transformer en calonarang, une redoutable sorcière. Le mot « Rangda » se traduit par veuve en balinais. Bien que le suicide rituel pour les veuves balinaises ne soit plus pratiqué, autrefois, une épouse suivait son mari décédé dans le monde souterrain. En tant que veuve vivante, Rangda est l’épouse d’un esprit ; par conséquent, son existence immortelle la rend très dangereuse. Son masque terrifiant présente une bouche sinistre et béante avec des crocs acérés, une longue langue saillante et des yeux exorbités injectés de sang.

Statue de Rangda

Des gants poilus avec des ongles extrêmement longs couvrent ses mains, et elle porte un tissu blanc magique censé nuire aux gens qui le touche. Seul un homme d’une grande force spirituelle peut porter le masque calonarang, car il doit être capable de résister aux forces qui pourraient être déchaînées par sa présence. La bataille entre Rangda et le Barong avec ses disciples, les danseurs de kris, suscite tellement d’émotion que ces acteurs tombent en transe pendant le drame. Par conséquent, ceux qui remplissent ces rôles doivent pratiquer un rituel de purification appelé mewinten, qui implique de suivre un régime spécial : l’abstention d’activité sexuelle et l’évitement des cérémonies funéraires et de crémation au moins vingt-quatre heures avant le spectacle.

Que raconte le calonarang ?

Le calonarang est inspiré d’une ancienne histoire hindoue-javanaise. Dans l’intrigue de base, la veuve Rangda est le calonarang, une monstrueuse sorcière. Enragée qu’aucun homme n’épouse sa fille, elle a appris à ses sisya (étudiantes en magie noire) à se transformer en leyaks. Ensemble, elles apportent la peste dans les villages. Le Barong et ses fidèles dévots arrivent pour combattre le calonarang. Dans la plupart des fins, le Barong réussit son attaque, débarrassant le village des entités malfaisantes, mais il reste entendu que cette lutte entre le bien et le mal ne sera jamais terminée. Le Barong, dans son rôle de protecteur de la communauté, contrecarre la malveillance de Rangda, aussi temporaire soit-elle.

Traditionnellement, à la fin d’un calonarang, la sorcière est vaincue, aspergée d’eau bénite et ramenée au temple, où le masque sera soigneusement rangé, tandis que le prêtre trempe la barbe du Barong dans l’eau pour la sanctifier. Ceux qui sont tombés en transe sont sortis par l’aspersion de cette eau bénite et tous rentrent chez eux à l’aube.

De l’importance des rites sacrés dans la culture traditionnelle balinaise
Cérémonie traditionnelle balinaise à Sukawati

Il a été observé que la purification rituelle qu’un calonarang prodiguait à la communauté semblait réconforter les Balinais. Après une telle performance, chacun rentre chez soi en se sentant parfaitement bien et en paix avec le monde.

À Bali, le tourisme continue de soutenir les formes de danse abordées dans ce chapitre, ainsi que d’autres comme le kecak, qui met en scène l’enlèvement de Sita du Ramayana.

Les tendances actuelles du Kecak

Kecak kontemporer, une itération contemporaine, attire davantage un public balinais. Un innovateur dans le kecak est le chorégraphe Sardono Waluyo Kusumo, qui s’est éloigné des mouvements traditionnels en utilisant ceux inspirés par la nature. Parmi les autres chorégraphes expérimentaux qui font avancer les innovations contemporaines dans la danse balinaise, citons I Wayan Dibia et I Made Sidia, deux professeurs de danse de l’Institut Seni Indonesia à Denpasar. I Wayan Dibia s’est engagé à susciter une renaissance des arts du spectacle à Bali.

Dessin de la Sorcière Rangda

À cette fin, il a fondé le Bali Arts Festival pour offrir un lieu et un public aux nouvelles et anciennes formes de danse balinaise, qui attirent artistes et touristes depuis sa création en 1979. Dans un pays où les danses abondent dans les lieux touristiques, le festival est devenu d’un grand intérêt pour les Balinais eux-mêmes.

Après avoir perdu la faveur des danses plus rapides du kebyar, un renouveau de la danse legong a été lancé dans les années 1990 par Tirta Sari, une compagnie professionnelle de danse legong de Peliatan, dirigée par Anak Agung Gede Oka Dalem, aujourd’hui omniprésente à Bali.


D’après World Dance Cultures : From Ritual to Spectacle, P. Beaman (2017).

Les danses rituelles : sanghyang jaran et sanghyang dedari

L’île de Bali est unique en Indonésie pour sa dévotion à l’hindouisme. Plus de 80% des Balinais se sont déclarés hindous lors du recensement de 2010 et l’influence de la religion se reflète clairement dans leurs arts et leurs rituels.

La transe sacrée du Feu

Une performance balinaise traditionnelle, racontée lors du Tari Kecak est la transe du feu. L’homme-cheval, pieds nus, se déplace autour d’un feu de joie fait de coques de noix de coco, donnant des coups de pied et dansant dans un état de transe.

Les danseurs se retirent sous des applaudissements reconnaissants et les hommes s’empressent de préparer l’espace pour le Sanghyang Jaran. Une barrière basse en treillis de bois est installée devant les sièges des spectateurs et un tas de coques de noix de coco est incendié au milieu de l’arène. Le chœur refait surface pour planter le décor. Arrive alors sur scène Hanuman, le Roi-Singe. Il grogne, il trépigne, puis il saute au dessus du feu à plusieurs reprises. Ce dernier gagne peu à peu en intensité. Puis le singe s’éloigne par une porte dérobée…

Le Roi-Singe Hanuman

Le chant « cak », désormais familier, monte frénétiquement avec l’arrivée du cavalier. L’homme et son cheval caracolent au rythme des chants. Ils se rapprochent, progressivement, du brasier qui vient déjà lécher ses épaules. Tandis que les hommes crient, le cavalier se précipite brusquement dans les flammes ! Le feu se disperse en une pluie d’étincelles rouges. Le chant du chœur se fait plus fort jusqu’à devenir exubérant.

L’arène n’est bientôt plus qu’un tas de braises rougeoyantes, leurs fragments brillent toujours d’une étrange malveillance. Deux serviteurs s’empressent de balayer les débris en tas afin que le cavalier puisse, une fois de plus, démontrer son pouvoir. En transe, il continue de trotter librement, prenant à pleine main des braises incandescentes et les lançant en l’air. Dans un éclair de folie, il glisse une poignée de braises dans sa bouche et les recrache en une gerbe de morceaux brûlants, comme si les copeaux enflammés n’étaient pour lui rien de plus qu’un inoffensif charbon !

J’étais ravi de voyager à Bali pour explorer sa beauté et ses mystères… Mais je n’imaginais que je tomberais sur quelque chose d’aussi magique.

Qu’est-ce que le sanghyang et quel est son but ?

Le mot Sanghyang signifie céleste et fait référence à des rituels de transe dansés par lesquels les interprètes entrent dans un état de conscience modifiée, appelé kerawuhan (descente, arrivée) ou nadi (devenir). L’objectif de ce rite est de remettre de l’ordre dans le village et d’exorciser les esprits du chaos.

Notez cependant que les danses rituelles kerawuhan et le Sanghyang jaran que l’on peut voir dans de nombreux théâtres et temples de l’île sont souvent des mises en scènes à l’attention des touristes. Un occidental ne fera pas la différence mais un balinais, oui. Il arrive toutefois que vous puissiez profiter d’une authentique danse de transe en poussant les portes d’autres lieux traditionnels, loin des chemins balisés et dans certains villages reculés qui ne figurent pas dans les guides touristiques.

Le rituel magique du sanghyang dedari

Lorsqu’en 2010, j’ai accompagné Agung dans son village natal (province de Sukawati) à une cérémonie sous la pleine lune, j’ai eu la chance inouïe de profiter d’une vraie danse de transe sanghyang dedari. Ce rite traditionnel est exécuté la nuit en présence de tout le village dans le jeroan, la cour intérieure du temple. Le prêtre, un chœur de femmes et le couple de sanghyang (celles qui vont participer au rituel) se rassemblent près du sanctuaire, où l’offrande aux dieux a été placée. Pendant que le prêtre prie, les deux jeunes filles sanghyang s’agenouillent ensemble devant un brasero rempli d’encens et inhalent la fumée purificatrice. Le chœur invite la déesse à descendre, chantant lentement des kidung sacrés dont le tempo augmente régulièrement à mesure que la possession approche. Lorsque les filles entrent en transe kerawuhan, elles se balancent d’avant en arrière, murmurant des mots étranges d’une voix rauque et gutturale. Le prêtre se déplace à travers des coquilles de noix de coco incandescentes et les tend aux jeunes femmes. Si ces dernières sont insensibles à la chaleur, il juge que la transe est réelle, ce qui permet aux balinaises en transe de devenir médiums des dieux.

Alors que les sanghyang sont profondément ancrés dans le kerawuhan, l’humeur des petites filles normalement dévouées peut devenir imprévisible, et elles sont connues pour se comporter avec une agressivité inhabituelle si leur volonté n’est pas respectée. Elles peuvent être agacées par le gamelan, refuser de danser sur une mélodie particulière, ou rejeter avec violence un homme qui tenterait de s’approcher. Ce soir-là, je me souviens d’une danseuse sanghyang qui, après qu’un homme ait tenté de la rattraper alors qu’elle tombait en arrière, gifla violemment le balinais au visage et proférant des menaces à tout le monde autour d’elle. Comme les conseils des dieux sont grandement nécessaires, les villageois tentent de répondre aux caprices divins du sanghyang qui ne délivrera de messages que s’il est satisfait.

Un témoignage d’une anthropologue au sujet d’un sanghyang à Sukawati

Dans son ouvrage anthropologique World Dance Cultures, From Ritual to Spectacle, Patricia Beaman relate l’expérience d’une chercheur indonésienne, Belo, qui faisait partie de l’équipe anthropologique de Margaret Mead et Gregory Bateson dans les années 1930. Cette dernière a fait des recherches sur le sanghyang dedari à Bali. Dans son livre, Trance in Bali, elle a été témoin du pouvoir d’un sanghyang à Njawat. Elle décrit l’histoire de deux partenaires sanghyang, Tjibloek et Renoe. Belo raconte :

« Une fois, une danseuse sanghyang se produisait à Sukawati. Elle s’est arrêtée et s’est assise… et a fait signe qu’elle voulait être transportée dans une certaine direction… Les villageois l’ont emmené et rencontrèrent bientôt une seconde procession portant une sanghyang d’un autre village. Les deux sanghyang se sont rencontrées et, bien qu’elles ne se soient jamais croisé ni même jamais dansé ensemble auparavant, elles se mirent à danser à l’unisson comme deux legongs. »

Ce récit de deux sanghyang qui se rencontrent pour la première fois et dansent d’une manière presque identique nous amène à nous demander ce qui est acquis et ce qui est inné. Les Balinais demanderont : qu’est-ce qui est de ce monde et qu’est-ce qui est divin ? Selon le rite Balinais, puisque le petit corps mortel d’une sanghyang sert d’hôte aux divinités, les royaumes terrestre et céleste s’unissent dans une danse divine de purification.

Prendre le temps de Vivre

Paniers tressés et encens BalinaisPeut-on prendre le temps de vivre dans notre civilisation mercantile, nourrie à la consommation, aux rêves futiles de vitesse ou de grandeur ? Comment enseigner à une personne qu’elle doit prendre le temps de faire chaque chose qu’elle choisit d’entreprendre dans sa vie, quand nos existences sont conditionnées de la sorte ?

Au travers de la culture Balinaise et de l’Hindouisme, je vous propose de découvrir une nouvelle façon de vivre, celle de prendre le temps de vivre, de vivre en prenant le temps, de lâcher prise et se libérer des chaînes que l’on s’impose chaque jour.

L’Hindouisme

Bali est une petite enclave Hindouiste en Indonésie. L’hindouisme, une des plus anciennes religions au monde encore pratiquée, considère qu’il y a quatre grands objectifs à l’existence :

  • Balinaise en Sarong traditionnelLe premier but est le Kama, qui représente le désir, la passion et le plaisir amoureux qui doivent être source de connaissance.
  • Le second est Artha ou la prospérité : l’homme doit se créer un patrimoine qui sera le fruit de son travail personnel. Plus difficile à concevoir avec notre regard occidental, Artha exprime que si vous êtes né riche, vous pouvez demander richesse et pouvoir mais si vous êtes né mendiant, vous devez vous contenter de votre condition, ne cherchant à vous élever matériellement que suivant votre position sur l’échelle sociale. Cette idée de rôle ou de devoir prédestiné est très important dans la religion Hindouiste et amène au troisième précepte.
  • Le troisième objectif est Dharma ou le devoir, la clé de voûte du système de croyance Hindouiste. C’est un ensemble de « principes » personnels selon lesquels l’homme doit vivre et qui doivent lui permettre de rester sur le droit chemin.
  • Enfin, il y a le Moksha ou la délivrance : il s’agit de briser le cycle des réincarnations, c’est le but de la vie dans l’hindouisme. Les trois autres ne sont que des tremplins temporaires, mais nécessaires, pour atteindre la libération éternelle. Les Balinais évoquent une intéressante analogie pour parler du Moksha, où l’âme est comparée à une goutte d’eau et sa libération à la fusion de cette goutte dans le vaste Océan divin.

Un joli nénuphar à Yeh PuluLe but ultime de l’hindouisme est donc la Délivrance, la Liberté. L’homme doit passer sa vie à se délivrer de l’illusion du monde et de l’ignorance afin d’atteindre le Moksha.

L’Hindouisme, et par extension la culture Balinaise, prônent le don de soi. L’Homme doit être d’une bonté et d’une sagesse absolue s’il compte atteindre le Nirvana.

Vivre en prenant le temps

Comment appliquer cet art de vivre dans notre pays, dans notre culture ?

Offrandes à Bali

Vous ressentirez une chose inhabituelle à Bali, c’est que ce peuple aime la Vie. Bien que la nature soit quelque peu souillée par les plastiques qui se consument sur le bord des routes, elle l’est surtout par manque d’éducation et de sensibilisation des locaux aux problèmes environnementaux. Car au fond, les Balinais vénèrent la Nature et le monde qui les entoure. Chaque matin et à toute heure de la journée, ils préparent de petits paniers d’offrandes tressés, ils y déposent des fleurs fraîchement coupées, quelques grains de riz et un bâton d’encens.

À Bali, chacun profite de chaque chose que la vie lui offre, se détachant du matériel et s’accordant seulement le nécessaire. Ici on apprécie les Arts pour leur valeur émotionnelle. Le dessin, la peinture, le tissage ou la musique occupent une place considérable dans la culture Balinaise. Humaniste, chacun respecte l’autre, on se salue quelque soit l’heure ou l’endroit. Enfin, la spiritualité qui voit chaque chose comme étant sacrée, renforce cette esprit de cohésion sociale et culturelle.

Sculpture bas-reflief à Bali
L’art est partout présent à Bali.

Malheureusement, prendre le temps de vivre est devenue une chose bien compliquée dans notre société. Nous devons tout faire très vite, optimiser notre temps au maximum, courir sans arrêt. Les journées nous semblent bien courtes alors qu’elles sont incroyablement longues. La nuit vient à poindre sans qu’on ait pu prendre le temps de se demander ce que l’on souhaitait vraiment faire de notre vie.

N’y a-t-il pas ici suffisamment de Lumières acquises pour qu’on en souhaite encore davantage ? Insatiables, nos civilisations souhaitent toujours plus de choses, plus d’argent, plus de temps. Un jour pourtant, nos corps, nos cœurs et nos esprits ne supporteront plus ce rythme de vie. « Rien n’est acquis » comme disait mon grand-père…

Comment reprendre sa vie en main, sans tout quitter, juste pour aller un peu mieux ?

Rice fields Sidemen
Apprendre à s’arrêter pour observer la beauté du Monde.

Aux premières lueurs du jour, lorsque le coq chante ses louanges au soleil qui point à l’horizon, levez-vous et profitez de ce moment pour observer. Observez ce qui vous entoure, la faune, la flore, tous ces vies qui s’éveillent lentement dans les premiers rayons de l’astre solaire.

Le monde est magique, son fonctionnement est éblouissant mais nous ne prenons même plus le temps de le contempler. Les yeux de notre monde ne voient plus que le profit et nous oublions toutes les merveilles et les petits bonheurs qui nous entourent.

Préparation des offrandes à Tukad-item

Lâchez prise !

Prendre le temps de vivre, c’est se laisser le choix

Abandonnez vos peurs. Un ami m’a dit un jour « La peur n’évite pas le danger ». Dans ce cas, pour quelle raison s’imposer des pressions supplémentaires alors qu’il suffit simplement de laisser les choses venir, de les aborder l’une après l’autre et d’avancer à son rythme ?

Nous savons, au fond, ce qui est bon pour nous, ce qui nous convient. Nul ne peut avancer attaché. Lâcher prise, c’est aussi et surtout oser se faire confiance, c’est accepter les choses telles qu’elles viennent et sans craintes. La vie fera le reste !

Vivre en prenant le temps, prendre le temps de vivre, c’est faire confiance à la vie et cesser de vouloir tout contrôler quel qu’en soit le prix. Lâcher prise, c’est faire face à l’inconnu, aux petits impondérables qui font toute la richesse de notre quotidien, c’est accueillir l’imprévu à bras ouverts. C’est cesser de vouloir contrôler ses pensées, mais les laisser s’envoler au fil de nos désirs ou de nos songes qui, en se mêlant donneront naissance à de nouvelles idées.

Cérémonie de mariage à Seraya Timura

Exprimez-vous ! Vous en avez le droit

Prendre le temps de vivre relève d’infimes efforts qui amélioreront qualitativement votre vie. Commencez par enlever ces entraves émotionnelles que la société, et notre éducation, nous imposent de porter chaque jour.

Laissez-vous le droit de pleurer, celui de rire, de sourire, de crier mais surtout de vivre et de ressentir. Voyagez, découvrez, allez à la rencontre de ces cultures ancestrales et lointaines, observez le monde qui vous entoure, laissez vos émotions s’exprimer, prenez soin de votre corps et votre âme vous remerciera.

Bon voyage !

Photo de couverture : moments de partage à Tukad-item (Seraya, 2015).

L’Art balinais du cerf-volant

Impossible de voyager dans l’île des Dieux sans lever la tête et ne pas apercevoir ces oiseaux titanesques aux ailes colorées qui constellent le ciel : les cerf-volants sont un Art (et une véritable institution) à Bali, une passion des enfants comme des adultes ! De Mai à Septembre, de nombreux concours sont organisés un peu partout dans l’île.

Cerf-volant dans un magasinDragons, serpents multicolores, navires aux voiles gonflées d’espérance par les vents rugissants, oiseaux et papillons colorés, fabriqués de tissus, de bambous… et parfois de plastique. À chaque instant, la poésie des cerf-volants nous ramène en enfance.

Les balinais ont aussi des poèmes pour leur rendre hommage : « Au-dessus des villes, au dessus des campagnes, nuits et jours, ils sont là, parfois se dégageant solitaires au milieu de nulle part, laissés par un enfant ou un adulte, comme un lien entre le ciel et la terre. »

À Bali, la pratique du cerf-volant est une passion qui ne concerne pas que les plus jeunes ! Vous trouverez partout des fabricants de cerf-volants et certains peuvent faire jusqu’à 30 mètres de long. On pourrait croire qu’il s’agit là d’une activité liée de près ou de loin à un rite religieux ? Pas du tout ! Les balinais expliquent qu’il s’agit en fait d’un hobby, un passe-temps partagé par une frange importante de la population.

Pourtant, il est difficile de ne pas y voir autre chose qu’une pratique ludique, tant la symbolique du cerf-volant qui fait le lien entre les forces du bien (aériennes) et les forces du mal (terrestres) se rapproche de la cosmogonie des croyances balinaises. Certaines légendes de Bali racontent d’ailleurs comment certains cerf-volants, habités d’esprits bienfaisants, repoussent les épidémies ou fertilisent les cultures…

Sanur et le Concours de cerf-volants

pilotes-de-cerf-volants-sanurUn évènement à ne manquer sous aucun prétexte si vous êtes à Bali en Juillet est la Compétition de Cerf-Volants de Sanur, internationalement reconnue et qui attire beaucoup de monde.

En attendant, vous pouvez observer les enfants qui s’entraînent en équipe, chaque jour de l’année, aux vols gracieux comme aux pirouettes ascensionnelles sur toutes les plages de l’île dès que souffle le vent.

Où que vous soyez, levez les yeux vers le ciel, la magie de l’île des Dieux est tout autour de vous, même au dessus de vos têtes.

À Trunyan, sur les rives du lac Batur

Chez les Bali Aga de Trunyan, on célèbre la Femme durant douze jours !

De bon matin, nous avons longé les bords du lac Batur avec l’espoir de rallier la route de Tedjakula, en traversant les volcans. Finalement, nous nous arrêterons à Trunyan, sur la rive Est du Lac Batur, aux pieds du Mont Abang dans la région de Kintamani. Le chemin est devenu sablonneux et particulièrement dangereux avec nos scooter automatiques. Ici il n’y a presque jamais de touristes, nous sommes dans un Bali Aga : un village autonome traditionnel Balinais.

Au bord du lac Batur - Trunyan

Aujourd’hui, c’est jour de fête. On honore les femmes lors de célébrations qui dureront 12 jours ! Les balinais que nous venons de rencontrer nous expliquent qu’ici, les habitants n’incinèrent pas leur morts. Les corps des défunts sont emmenés par barque à Bukan et déposés dans des cages de bambou où ils se décomposent, sous le regard vigilant d’un arbre au parfum odorant : le Menyam. Il s’agit d’un rite très ancien et, paraît-il, unique en Indonésie. Il n’y a pas de crémation dans cette région de l’île.

Préparation des festivités

Nous assistons à la cérémonie de loin car le temple sur l’eau est occupé par la famille. Auprès de nous, amis et voisins attendent à l’extérieur de l’enceinte sacrée, les bras chargés d’offrandes, de gâteaux et de fruits délicieux qu’ils déposeront auprès de Danu Batur, la déesse sacrée du lac aux pouvoirs surnaturels, puis partageront ensemble au gré des festivités. Un moment plein de magie comme il en existe tant sur l’Île des Dieux…

Nettoyage des gamelans à Gunung Batur
Le Lac Batur

Hommage graphique aux femmes Balinaises

Finesse du regard et un large sourire, un léger maquillage sur le pourtour des yeux, plumes et fleurs de frangipanier qui embaument ses cheveux noirs et soyeux, les couleurs éclatantes de son sarong, une dentelle d’or déposée sur ses hanches. Quelle femme saurait être plus raffinée, plus élégante, plus gracieuse et plus sensuelle qu’une balinaise ? *

Balinaises et balinais sur une plage.
Danseuse de Legong
Deux balinaises dans un jardin
Balinaise en tenue traditionnelle
Balinaise de dos et en sarong
Femme de Bali
Deux tisserandes balinaises
Trois femmes sur le bord de mer.

*Cet avis n’engage que son auteur 😉

Amed, le Paradis sur terre

Si un lieu à Bali devait ressembler au paradis, je pense que ce serait Amed. J’ai rejoins Tirta Bangga, Amlapura, Celik puis Amed, au sud-est de bali. L’arrivée est superbe : des rizières à perte de vue, des palmiers qui bordent la route, le volcan Agung surplombant le paysage idyllique et dont les contours se confondent avec le bleu du ciel.

La mer turquoise s’étend jusqu’à l’horizon et la nature est baignée d’une chaude quiétude, les plages sont de sables noirs, de galets ou de coraux blanchis par le ressac des vagues qui viennent s’évanouir sur le rivage. J’ai traversé des villages de pêcheurs et demain j’irai à leur rencontre lorsqu’ils rentrent de la pêche au petit matin.

Observer le coucher du solail sur un prahu à Amed

Je dors à l’Eka Purnama, un petit bungalow qui se situe non loin de la dernière crique après Amed. L’accueil est chaleureux et la vue imprenable. Je me restaure au Warung Shinta, une excellente adresse trouvée dans Le Routard. Le soleil a disparu derrière le volcan, la nuit est là mais je perçois les rires et la musique rock du warung voisin. Le patron, ancien guitariste qui dans sa jeunesse a joué avec Scorpion enchaîne les albums de Cat Stevens, les Stones ou Dire Straits. La nuit promet d’être animée…

Amed, c’est aussi l’incroyable barrière de corail, lieu idéal pour la plongée sous-marine. Il suffit d’enfiler son masque, de faire trois brasses dans l’eau et on découvre coraux et poissons fabuleux. Le spectacle est à couper le souffle – heureusement j’ai mon tuba !

Amed est resté un village de pêcheurs où le développement touristique reste très discret, à la différence de l’hystérie de Kuta. C’est un lieu pauvre mais pacifique, tranquille, entourée de jungles luxuriantes et d’une mer vert émeraude, des plages et criques paradisiaques baignées d’une lumière onirique.

Fêtes du calendrier Pawukon

Il y a de nombreuses occasions de faire des fêtes à Bali, les fidèles se parent alors de riches vêtements afin d’honorer les dieux, pour plaire mais aussi tenir son rang.

Le calendrier balinais (Pawukon) est ordonné sur un cycle de 210 jours. Une année se compose elle-même de 30 cycles de 7 jours, le wuku. Je suis né le 22ème jour du moi de mai, en 1982 et selon le calendrier balinais, mon signe astrologique est Fleur du Soleil

2 janvier : Tumpek Kandang
29 janvier : Pleine lune
6 février : Tumpek Wayang
27 février : Saraswati
14 février : Nouvel an chinois
28 février : Pleine lune
16 mars : Nouvel an balinais – Nyepi
29 mars : Pleine lune
17 avril : Tumpek Uduh
28 avril : Pleine lune
12 mai : Galungan
22 mai : Kuningan
27 mai : Pleine lune
26 juin : Tumpek Krulut
26 juin : Pleine lune
26 juillet : Pleine lune
31 juillet : Tumpek Kandang
17 août : Fête Nationale de l’indépendance de l’Indonésie
24 août : Pleine lune
10-11 septembre : Idul Fitri
23 septembre : Pleine lune
25 septembre : Saraswati (déesse de la sagesse et de la connaissance)
29 septembre : Pagerwesi
9 octobre : Tumpek Landep
22 octobre : Pleine lune
13 novembre : Tumpek Uduh
21 novembre : Pleine lune
8 décembre : Galungan
18 décembre : Kuningan

Rites de passage

Je suis venu en Indonésie plein de questionnement et en quête de réponses que je ne trouvaient pas ailleurs. J’avais besoin de débrouiller ma vie, de l’éclaircir et de me ressourcer quelque temps dans un environnement paisible et préservé. Pour cela Bali, son univers, sa culture, ses croyances et les gens que j’ai croisé m’ont éclairé.

Les balinais sont particulièrement fervents et à leurs yeux l’existence est une succession de vies, de morts et de renaissances qui ne prendront fin qu’avec le Moksa, lorsque l’être se mélange à jamais dans le macrocosme. Les rites de passage facilitent les étapes de la vie terrestre.

Tous les grands évènements de la vie (naissance, mariage, mort…) sont marqués par des cérémonies durant lesquelles des offrandes sont offertes aux différentes divinités.

Jeunes balinais en scooterLa naissance

Dès la naissance le nouveau-né, dans lequel se réincarne un ancêtre, est nommé « Dewa » (ce qui signifie divinité) jusqu’à ce qu’il ait atteint 42 jours, puis il sera béni par le brahmane (Pedanda*).

Lors de son troisième mois de gestation, la future mère fait l’objet d’une cérémonie et tout le long de la grossesse elle portera des amulettes pour la protéger de la complaisance des Leyak, des sorcières et démons avides de se repaître des chairs de l’enfant.

Après l’accouchement, la mère est considérée comme « impure » pendant 42 jours et le père pendant 3 jours.

Au quatorzième jour le nouveau-né reçoit son nom. Un nom secret qui lui est propre et que lui seul connaît.
Il est constamment porté par ses parents, car ramper est réservé aux animaux. Il ne touchera pas le sol impur avant un rituel de présentation à la terre et aux divinités ancestrales, soit au bout de 105 jours.
Les enfants balinais connaissent une enfance remarquable, libre de contraintes et les adultes les traitent en égaux. Ils sont nourris au sein aussi longtemps qu’ils le désirent (et parfois au-delà de leur 3 ans). Les choses de la vie des adultes ne leur sont pas cachées. Ils abordent ainsi la puberté et la sexualité sans pudeur, surprise ni culpabilité.

A l’adolescence, l’enfant devra se présenter à un cérémonial essentiel exécuté au sein de la famille : le limage des dents qui a pour but de chasser six mauvais esprits : l’intempérance, la jalousie, la colère, la cupidité, la luxure et la folie.

Le Mariage

Le rite du mariage est un sacrifice aux génies inférieurs qui purifie l’acte sexuel. Il est généralement célébré bien après sa consommation.
Jadis, une femme balinaise ne pouvait épouser un homme de caste inférieure.

Jeunes mariés lors d'une cérémonie de mariage balinaise

La Mort et la crémation

Le cérémonial de la crémation est un rituel extrêmement important dans la culture balinaise. Si l’incinération vient de l’Hindouisme, les balinais lui donne un caractère tout à fait autre qu’en Inde, en croyant en la force purificatrice du feu et de l’eau pour que l’âme puisse accéder dans l’au-delà. Les cendres devront être dispersées dans la mer ou dans une rivière. Le rituel est onéreux, aussi est-il souvent collectif et il ne s’effectue pas immédiatement après la mort. La crémation est le devoir primordial de chacun envers les défunts. Il convient de libérer l’âme en détruisant l’enveloppe charnelle qui la retient prisonnière.

Costumes traditionnels de mariage

Appendice : Certains éléments de cet article proviennent de l’Encyclopédie Bali Authentique et Universalis.

Legong dance au palais royal Puri Saren Agung à Ubud

La danse Legong est un spectacle balinais qui, selon la tradition indonésienne, raconte — dans une apothéose de costumes dorés, étincelants et diaprés — le ballet divin de nymphes célestes.

Legong Dance - Danseuse LegongLe légong aurait été inspiré par la danse exorciste de sanghyang dedari. Dans la danse classique de Bali, le legong est réputé comme témoignage du raffinement de la féminité et de la grâce. Les danseuses sont habillées de luxueux costumes rayonnant et de coiffes et couronnes embellies de fleurs. Parfois même, elles manipulent un éventail. Elles sont accompagnées d’une musique exécutée par un orchestre de gamelans.

La danse Legong, ou simplement « Legong », est l’un des spectacles les plus attrayants de la cour royale de Bali. Cette danse est considérée comme l’une des pièces classiques les plus vénérées de l’île, connue pour ses postures physiquement exigeantes et ses mouvements rapides qui requièrent un niveau de souplesse important chez ses interprètes, généralement de jeunes femmes. Chorégraphiée selon un modèle établi dans les moindres détails, la danse a été bien préservée au fil des générations.

Dès l’âge de 5 ans, les petites filles de Bali aspirent à représenter leur village comme danseuses de Legong.

Danse Legong à Bali, un spectacle traditionnel balinais

Les habitants de la région désignent la danse Legong par son nom complet, « Legong Kraton », qui se traduit par « danse du palais royal ». Autrefois, elle n’était présentée qu’à l’intérieur des murs fermés du palais, devant la famille royale. Aujourd’hui, il est possible d’assister à des représentations sur diverses scènes ouvertes et à des spectacles dans toute l’île, comme au palais royal Puri Saren, un monument palatial situé dans le centre d’Ubud, qui est ouvert au public. La plupart des circuits touristiques de Bali incluent ce spectacle dans leur itinéraire.

Historiquement, toute jeune fille à qui l’on confiait la tâche d’apprendre la danse — et éventuellement de la présenter au palais — gagnait un grand honneur. Le Legong représente des anges dansant divinement dans les cieux et se distingue visuellement par les costumes emblématiques des danseuses, qui comprennent une coiffe florale dorée d’une taille et d’un poids considérables, ainsi qu’un costume complet des épaules aux pieds. Les danseurs entraînés exécutent les mouvements sans effort, malgré l’ampleur de leur tenue.

Le spectacle classique met en valeur l’agilité des danseurs ou des danseuses, qui se déplacent de manière dynamique au son d’un orchestre de gamelan. Aujourd’hui, il existe plusieurs variantes artistiques de la danse Legong, que l’on retrouve dans les différentes régions de Bali, comme dans le village de Saba et Bedulu dans la régence de Gianyar, et à Kelandis dans les hauts plateaux du centre de Bali.

Ce qu’il faut savoir sur la danse Legong

La danse Legong a probablement vu le jour au XIXe siècle en tant que divertissement royal. La légende raconte qu’un prince de Sukawati, tombé malade, ait fait un rêve saisissant dans lequel deux jeunes filles dansaient sur de la musique gamelan. Lorsqu’il s’est rétabli, il a fait en sorte que de telles danses soient exécutées dans la réalité. Les danseuses sont recrutées parmi les enfants les plus aptes et les plus jolies. Aujourd’hui, les danseurs formés sont encore très jeunes.

Legong Dance Bali Ubud
Danseuse de Legong au palais royal de Ubud, Bali.

Le Legong Kraton, très stylisé, met en scène un drame d’un genre très pur et abstrait. L’histoire est interprétée par trois danseurs : une servante de la cour et deux legongs habillés de manière identique qui adoptent les rôles de personnages royaux. Les thèmes suggestifs du magnifique orchestre de gamelan et l’esprit des spectateurs évoquent des changements de scène imaginaires.

L’histoire est tirée d’une ancienne histoire de l’Est de Java des XIIe et XIIIe siècles. Un roi trouve la jeune fille Rangkesari perdue dans la forêt. Il la ramène chez lui et l’enferme dans une maison de pierre. Le frère de Rangkesari, le prince de Daha, apprend sa captivité et menace de faire la guerre si elle n’est pas libérée.

Rangkesari supplie son ravisseur d’éviter la guerre en lui rendant la liberté, mais le roi préfère se battre. Sur le chemin de la bataille, il rencontre un oiseau de mauvais augure qui lui prédit sa mort. Dans le combat qui s’ensuit, il est tué. La danse met en scène les adieux du roi alors qu’il part pour le champ de bataille et sa rencontre inquiétante avec l’oiseau.

Les minuscules danseuses scintillent et éblouissent. Liées de la tête aux pieds par du brocart doré, il est étonnant que les legongs puissent se mouvoir avec une telle facilité. Dans une scène d’amour où ils se frottent le nez, par exemple, le roi prend congé de Rangkesari. Elle repousse ses avances en le frappant avec son éventail, et il s’en va, furieux, pour bientôt périr sur le champ de bataille.

Où voir un spectacle traditionnel de Legong à Ubud ?

Le spectacle Legong Dance se déroule au Palais royal de Puri Saren, et commence généralement l’après-midi à 19h30. Le prix des billets est de 100 000 roupies Indonésiennes par personne (env. 6 euros).

Barong et la danse Kris, au Chandra Budaya de Batubulan

Ce matin le roi-esprit Barong affrontait la reine-démon Rangda dans une grande bataille opposant le bien et le mal. Je suis allé à un spectacle envoûtant, dans un lieu magique, un théâtre de verdure et de sculptures monumentales. Ce fut un triomphe de costumes chatoyants dans une épopée mythique admirable.

Danse Barong et Kris, deux danses traditionnelles balinaises

La danse Barong et Kris est l’une des danses dramatiques les plus emblématiques de l’île, au même titre que la danse Legong et la danse Kecak. Les personnes qui s’intéressent aux arts et à la culture apprécieront tout particulièrement ces spectacles, qui se déroulent quotidiennement sur plusieurs scènes dans les principales zones touristiques de l’île.

Le plus populaire étant celui du village de Batubulan dans la régence de Gianyar. Les spectacles sont gérés localement ; les danses sont exécutées par les villageois, et un orchestre de gamelan en direct accompagne le spectacle pendant toute sa durée. En tant que spectacle le plus populaire de Bali, la danse Barong et Kris est toujours incluse dans les itinéraires des voyages organisés à Bali.

Que raconte la danse Barong et Kris ?

Le conte classique du 12e siècle opposant le bien au mal, Calon Arang, sert de toile de fond à la danse du Barong et du Kris. Le Barong, un esprit bienveillant sous forme de bête, doit protéger un royaume contre la colère vengeresse de la veuve et reine sorcière, Rangda. Deux danseurs travaillent sur les mouvements du costume très orné du Barong, qui ressemble beaucoup à la danse du lion chinoise, tandis que les danseurs secondaires représentent des singes, des prêtres et des villageois.

Des dépliants contenant des synopsis sont distribués aux guichets avant le début du spectacle. Sinon, il peut être difficile de suivre l’histoire au fur et à mesure que les scènes se déroulent, en raison de l’absence de narration. Normalement, les ouvertures vibrantes du gamelan commencent lorsque le public s’assied, puis le drame se déroule, avec des singes dansants qui entrent en scène, s’amusant à taquiner la forêt ordonnée et paisible, et avec le Barong qui entre ensuite en scène.

Cette paix est troublée par des perturbateurs qui s’avèrent être des disciples de Rangda, et une bagarre s’ensuit. Il s’avère que Rangda a entrepris de répandre son règne de magie noire en recrutant de nouveaux adeptes, qui se transforment eux-mêmes en êtres malveillants. Même les gardes du palais se soumettent à sa magie noire. Le Barong tente de défendre le royaume et affronte Rangda, qui brandit son arme principale : un tissu blanc magique qui jette des sorts malveillants à chaque passage.

Danse Barong et danseur Kris - Batubulan - Bali

Dans la scène culminante, les gardes du palais, en transe, se retournent contre eux-mêmes en hurlant et en se poignardant férocement la poitrine avec leurs poignards kris, mais sans dommage à cause de la magie noire. Barong vient à la rescousse, levant le sort sur tous ceux qui en sont victimes, et un prêtre vient asperger le royaume d’eau bénite pour le faire revivre, tandis que la famine s’atténue et que Rangda est vaincu. Il existe différentes versions des scènes parmi chaque représentation scénique.

Un spectacle sublime et saisissant de couleurs chatoyantes

Barong prend l’apparence d’un lion, animal qui représente le jour, la lumière et les forces du bien. Les costumes des comédiens étaient sublimes et leurs gestes si réalistes que je me suis surpris à le croire réellement devant moi, faisant le beau en attendant que je le saisisse dans sa meilleure pose.

Barong entre en scène, il danse, il joue, s’amuse avec sa queue puis avec un singe. Celui-ci le nargue et se moque de lui. Durant la bataille qui oppose les deux forces dualistes de notre monde, Rangda jette un sort aux hommes qui tentent d’aider Barong, et ceux-ci retournent leurs armes (les épées Kris) contre eux. C’est un spectacle étonnant et le jeu des comédiens est tel que l’on craint à chaque instant de voir jaillir leur sang.

Heureusement, Barong intervient et les empêche de se blesser.

Rangda, féroce démone femelle de Bali, possédait une langue ardente, une poitrine tombante et des yeux exorbités. Associée à la maladie et à la mort, elle était à la tête d’une bande de sorcières. Son nom, qui signifie « veuve », semble indiquer qu’elle tire ses origines d’une reine balinaise du XIe siècle, exilée pour avoir pratiqué la sorcellerie.

Ce spectacle m’a transporté dans une dimension autre, entre démons et légendes, dans un panthéon d’une richesse inouïe. Les balinais sont un peuple d’artistes, d’architectes, de peintres, de comédiens. Une civilisation emplie de sacré, de ferveur et d’ancestrales croyances qui me font rêver chaque jour un peu plus.

La troupe de Sahadewa se produit chaque jour sur la scène ouverte de Chandra Budaya à Batubulan. Si vous souhaitez en savoir davantage sur cette troupe de comédiens, visitez le site www.sahadewabarongdance.com

Où voir une représentation de la danse de Barong ?

Il existe différents lieux à bali où vous pourrez profiter d’un spectacle théâtral de danse Barong et Kris :

  • Putra Barong, situé à Jalan Celuk-Sukawati, Batubulan, Sukawati.
  • Sahadewa Barong, situé à Jalan SMKI, Batubulan.
  • Barong Jambe Budaya, situé à Jalan Pasekan, Batubulan.
  • Barong Dance Uma Dewi, situé à Jalan Kesiman, Denpasar.
  • Sari Wisata Budaya, situé à Jalan Griya Anyar no.25, Banjar Kajeng, Suwung Kauh, Pemogan, Denpasar Sud.

Le Tari Kecak, danse rituelle et théâtre dramatique balinais

Ce soir nous irons au théâtre voir le Tari Kecak, une comédie d’amour éternel, comme aime le préciser Agung en riant. Le spectacle a lieu chaque soir vers 18h30 et dure environ une heure. Il met en scène une centaine de comédiens et raconte une antique histoire, riche de démons et de dieux pas toujours bienveillants.

Les origines du Kecak remontent à la Mythologie Indienne. Elle s’inspire du Ramayana, un texte local anciennement écrit en sanscrit. C’est l’histoire du roi Rama et de sa femme Dewi Sita, exilés dans la forêt durant 14 années par les intrigues politiques de Sumitra. Ils sont poursuivis par Rahwana, le dieu des démons qui enlève Dewi Sita et l’emmène sur l’île de Lanka. Rama, fou de douleur, s’allie alors avec Hanuman du peuple des singes pour récupérer son épouse.

Dans la danse, le peuple des singes est représenté par une centaine de danseurs qui chantent « cak… cak… cak ! » (prononcé « tchak ») durant tout le spectacle, agrémentant la comédie d’un rythme sonore entraînant.  On retrouve également quelques danseuses, un dragon, l’oiseau Jatayu, l’aigle Garuda (qui est aussi l’emblème de l’Indonésie et la fabuleuse monture de Vishnu), le singe Hnuman, Brahma et bien d’autres personnages de la cosmogonie Indonésienne et Indienne.

Non seulement la danse Kecak a une haute valeur artistique, mais elle a également une fonction et une signification profondes. Voici les fonctions de la danse Kecak et son histoire.

L’histoire de la danse Kecak et son développement

Bien qu’elle puise son origine dans les temps les plus reculés de notre ère, la danse Kecak dans sa forme actuelle a été remise au goût du jour par l’artiste balinais Wayan Limbak et le peintre allemand Walter Spies dans les années 1930. La danse, dont le nom provient du tissu à carreaux noir et blanc balinais, s’inspire de rituels traditionnels de Bali qui ont ensuite été adaptés dans l’histoire du Ramayana.

La danse Kecak a d’abord été exécutée dans plusieurs villages, tels que les villages de Gianyar et Bona. Au fil du temps, la danse Kecak s’est développée dans tout Bali. Le mouvement de danse « Kecak » signifie la croyance humaine en Dieu en tant que protecteur et assistant de son peuple. Pour cette raison, c’est une tradition collective de continuer à exécuter cette danse originaire de l’Île des Dieux.

Mouvement de danse et chants Kecak

La danse Kecak est généralement exécutée par plus de 50 danseurs masculins qui s’assoient en cercle avec un certain rythme tout en criant « cak » et en levant les deux mains. Les danseurs assis en cercle portent un tissu à carreaux autour de la taille. En outre, il existe également des danseurs qui jouent plusieurs personnages du Ramayana tels que Shinta, Rama, Ravana, Sugriwa et le Singe-Roi Hanoman.

Le spectacle de danse Kecak est généralement dirigé par un chef religieux ou une figure de l’hindouisme qui agit en tant que chef de prière. Le but de ce mouvement est d’obtenir la sécurité et la douceur de Sang Hyang Widi.

Fait unique, il n’y a pas d’accompagnement musical traditionnel lors de la danse Kecak, mais uniquement le son des danseurs criant le mot « cak cak cak » simultanément et a cappella. Plus tard, l’un des danseurs agira en tant que leader pour fournir le ton initial. Pendant ce temps, d’autres danseurs mettront la pression sur les notes graves ou aiguës.

Historiquement, la danse Kecak sert à éloigner les mauvais esprits et les maladies. Mais c’est aussi le moyen de transmettre aux jeunes générations les rites de leurs ancêtres et de perpétuer ainsi la grande tradition artistique, religieuse et culturelle balinaise.

Après cet incroyable spectacle, je filait vers Ubud pour retrouver Meiri au Warung simple. Le retour se fera sur mon futur moyen de locomotion : un scooter !  À moi les routes balinaises et leur incroyable circulation ! Mais tous les balinais vous le répèteront : « C’est le meilleur moyen pour découvrir les sentiers reculés de Bali… et aussi pour s’y perdre ! »