Ô Garuda !

De grandes ailes foliacées, un bec de bois ciselé. Tantôt géant pour mettre les ombres en déroute, ou sur le Mont Meru d’un temple Hindou au bord d’une route. Fils de Kashyapa et Vinatâ, frère d’Aruna, le conducteur du dieu Sûrya, je n’oublie pas. Ô Garuda !

Maître des Airs au nom gravé de lettres d’or dans le basalte, caché parmi les feuillages d’une jungle luxuriante de Java. Une statue fière qui luit près d’un banian sous la lune montante, derrière les chants scintillants des gamelans comme la prière d’un poème épique. Le macaque te regardait de son air narquois.

Garuda taillé dans le tronc, batu permata laut, orné de gemmes de Lune sur le front. Du Râmâyana aux jeux d’ombres des wayang kulit, une fleur de frangipanier embaumant les ailes d’une danseuse de Legong, déployées vers le ciel, encerclant la terre, portant Vishnou sur un trône de plumes orné de vagues solaires. Ô Garuda, je t’ai suivi.

Fulgurant, enflammé, gardien des Vents qui volait au gré. Soufflant, sifflant, gonflant les ailes des grands cerfs-volants de bambou et tissus colorés. Quarante plumes élancées, bec pointu, regard d’acier, maintient entre tes serres la Terre dévoilée.

Garuda, mi-homme, mi-oiseau, qu’un artiste de l’arbre a façonné, avant de te donner vie au pinceau. Roi des Oiseaux. Tu veilles sur ce lieu comme sur le chemin.

Semoga dunia ini damai selalu ; entre les reflets des nuages du levant, sur le fond d’un ciel rougeoyant du couchant, Garuda galope, ceint du seing d’un dieu que je sais philanthrope.

Où que tu sois, Garuda, tu ornes à présent ma chambre sur un sarong Batik rouge, un coquillage d’Indonésie en offrande à tes pieds. Un miroir peint aux arabesques vives, éclaire d’un éclat blanc ton ramage étonnant.

Je me souviens, ô bel oiseau de rêve qui a guidé ma voie le long des rizières et des volcans. Un colibri. Dont la voix tintinnabulait comme un gong lointain. Wahhyu suci, un bâton d’encens balinais se consume à présent…

— Matur suksma, Garuda !

Et l’oiseau répondit :
— Suksma mewali !

Rites de passage

Je suis venu en Indonésie plein de questionnement et en quête de réponses que je ne trouvaient pas ailleurs. J’avais besoin de débrouiller ma vie, de l’éclaircir et de me ressourcer quelque temps dans un environnement paisible et préservé. Pour cela Bali, son univers, sa culture, ses croyances et les gens que j’ai croisé m’ont éclairé.

Les balinais sont particulièrement fervents et à leurs yeux l’existence est une succession de vies, de morts et de renaissances qui ne prendront fin qu’avec le Moksa, lorsque l’être se mélange à jamais dans le macrocosme. Les rites de passage facilitent les étapes de la vie terrestre.

Tous les grands évènements de la vie (naissance, mariage, mort…) sont marqués par des cérémonies durant lesquelles des offrandes sont offertes aux différentes divinités.

Jeunes balinais en scooterLa naissance

Dès la naissance le nouveau-né, dans lequel se réincarne un ancêtre, est nommé « Dewa » (ce qui signifie divinité) jusqu’à ce qu’il ait atteint 42 jours, puis il sera béni par le brahmane (Pedanda*).

Lors de son troisième mois de gestation, la future mère fait l’objet d’une cérémonie et tout le long de la grossesse elle portera des amulettes pour la protéger de la complaisance des Leyak, des sorcières et démons avides de se repaître des chairs de l’enfant.

Après l’accouchement, la mère est considérée comme « impure » pendant 42 jours et le père pendant 3 jours.

Au quatorzième jour le nouveau-né reçoit son nom. Un nom secret qui lui est propre et que lui seul connaît.
Il est constamment porté par ses parents, car ramper est réservé aux animaux. Il ne touchera pas le sol impur avant un rituel de présentation à la terre et aux divinités ancestrales, soit au bout de 105 jours.
Les enfants balinais connaissent une enfance remarquable, libre de contraintes et les adultes les traitent en égaux. Ils sont nourris au sein aussi longtemps qu’ils le désirent (et parfois au-delà de leur 3 ans). Les choses de la vie des adultes ne leur sont pas cachées. Ils abordent ainsi la puberté et la sexualité sans pudeur, surprise ni culpabilité.

A l’adolescence, l’enfant devra se présenter à un cérémonial essentiel exécuté au sein de la famille : le limage des dents qui a pour but de chasser six mauvais esprits : l’intempérance, la jalousie, la colère, la cupidité, la luxure et la folie.

Le Mariage

Le rite du mariage est un sacrifice aux génies inférieurs qui purifie l’acte sexuel. Il est généralement célébré bien après sa consommation.
Jadis, une femme balinaise ne pouvait épouser un homme de caste inférieure.

Jeunes mariés lors d'une cérémonie de mariage balinaise

La Mort et la crémation

Le cérémonial de la crémation est un rituel extrêmement important dans la culture balinaise. Si l’incinération vient de l’Hindouisme, les balinais lui donne un caractère tout à fait autre qu’en Inde, en croyant en la force purificatrice du feu et de l’eau pour que l’âme puisse accéder dans l’au-delà. Les cendres devront être dispersées dans la mer ou dans une rivière. Le rituel est onéreux, aussi est-il souvent collectif et il ne s’effectue pas immédiatement après la mort. La crémation est le devoir primordial de chacun envers les défunts. Il convient de libérer l’âme en détruisant l’enveloppe charnelle qui la retient prisonnière.

Costumes traditionnels de mariage

Appendice : Certains éléments de cet article proviennent de l’Encyclopédie Bali Authentique et Universalis.

Dans la grotte du temple sacré de Goa Lawah à Klungkung

Les Indonésiens vénèrent de nombreux animaux, les singes, les tigres, les oiseaux, les éléphants et aussi… les chauve-souris. Dans certaines régions de l’archipel, des espèces peuvent atteindre 1,50 m d’envergure. Celles que nous allons voir aujourd’hui sont plus petites, elles séjournent dans la grotte de Goa Lawah, entre Kusamba et Padangbai.

Pura Goa Lawah (temple de la grotte de la chauve-souris) est un temple hindou balinais ou pura situé à Klungkung, à Bali, en Indonésie. Pura Goa Lawah fait partie des neuf lieux de culte les plus sacrés de Bali, les « temples directionnels » qui ceinturent l’île et la protègent des mauvais esprits. Le Pura Goa Lawah est connu pour avoir été construit autour de l’ouverture d’une grotte habitée par des chauves-souris, d’où son nom, le Goa Lawah ou « grotte aux chauves-souris ».

Pura Goa Lawah est situé dans le village de Pesinggahan, à Klungkung. Le temple de Goa Lawah est situé sur le côté nord de la route principale Jalan Raya Goa Lawah, sur la plage de Goa Lawah. En arrivant, vous ne pourrez pas le manquer tant le lieu foisonne de fidèles balinais qui viennent chaque jour s’y recueillir.

Nous empruntons la route de Sanur puis rejoignons l’autoroute de la mer. Un circuit magnifique le long des côtes sur une autoroute en piteux état. Des portions de béton lisse entrecoupées de tronçons de terre et de gravats, où il faut jouer du guidon et du frein entre les ornières, les fossés et les trous d’eau. La circulation très dense n’arrange en rien le parcours qui devient presque dantesque à certains moments.

Nous franchissons des zones particulièrement sauvages, des sentiers de cailloux à travers rizières et torrents. Parfois la route n’existe plus où bien est-elle recouverte d’une vingtaine de centimètres d’eau. les pluies diluviennes des derniers jours ont fait déborder les lits des rivières et nous avançons prudemment car les chaussées sont très incertaines en ces régions. Il est très impressionnant de traverser de telles zones extrêmes, elles paraissent si primaires et inhospitalières malgré la beauté des paysages alentours. Heureusement les autochtones accueille toujours chaleureusement les Orang ule* de passage, surtout lorsqu’ils sont en sarong !

Les chauve-souris étaient bien là, dans une caverne à flanc de montagne, au sein d’un temple de pierre noire. Goa Lawah fait partie des neuf Kayangan Jagat, des temples directionnels qui protègent Bali des mauvais esprits. Nous sommes arrivés pour une cérémonie et avons pu profiter ainsi d’un moment de recueillement dans ce lieu magique et insolite.

L’histoire du Temple de Goa Lawah

La construction de Pura Goa Lawah a débutée en 1007, à la demande de Mpu Kuturan, l’un des premiers prêtres à avoir introduit l’hindouisme à Bali. Lorsque les Hollandais attaquent le royaume de Klungkung en 1849 lors de la guerre de Kusamba, le temple devient l’un des points clés de la guerre. Le conflit de Kusamba opposait l’armée royale néerlandaise des Indes orientales, dirigée par Andreas Victor Michiels, au royaume de Klungkung dirigé par Dewa Agung Istri Kanya. La décoration du temple évolue au fil du temps. Au début du XXe siècle, il était courant de voir des plaques de céramique en porcelaine fixées dans les sanctuaires et les portes de Pura Goa Lawah. On retrouve encore ce traitement dans d’autres vieux temples de Bali, comme à Pura Kehen.

Implantation architecturale

L’enceinte du Pura Goa Lawah est construite sur un affleurement de collines. Il est divisé en trois parties : le sanctuaire extérieur du temple (jaba pisan ou nistaning mandala), le sanctuaire intermédiaire (jaba tengah ou madya mandala) et le sanctuaire principal intérieur (jero ou utamaning mandala).

L’entrée du complexe du temple est marquée par une porte candi bentar. Un bale kulkul (pavillon du tambour) est placé à l’ouest de cette entrée. Dans la première cour du temple, le sanctuaire extérieur ou jaba pisan, il y a trois pavillons (bale) situés aux trois coins du complexe du temple. L’un de ces pavillons est le bale gong, où est conservé l’ensemble de gamelan pour les représentations musicales. L’accès au sanctuaire intermédiaire ou jaba tengah est situé à l’ouest du sanctuaire extérieur.

Trois portails paduraksa marquent l’entrée du sanctuaire le plus intérieur du temple (jero). Le sanctuaire principal intérieur se compose de trois tours meru, dont l’une est dédiée à Shiva. Plusieurs sanctuaires plus petits sont nichés dans une grotte, où se repose une importante colonie de chauve-souris dites « à nectar ». L’entrée de la bouche de la grotte est marquée par les portes candi bentar. Parmi les autres sanctuaires, un pavillon en forme de balle est orné de motifs de Naga Basuki qui flanquent ses marches. Naga Basuki est un dragon primordial dont on dit qu’il maintient l’équilibre du cosmos…

* Orang ule : les personnes « ajoutées », qui ne sont pas d’ici.