Cosmologie & hindouisme : les 7 principes de vie sociale et religieuse des Balinais

Fondamentalement, la religion hindouiste balinaise se rapporte à la vie de l’être humain dans l’univers, depuis sa vie intermédiaire jusqu’à la fin de son temps. Le but ultime peut être atteint en suivant le principe du Tri Warga : dharma, artha et kama. Ce principe est issu du Marabharata, un poème écrit il y a plus de 2 500 ans. On y trouve le concept des Purushartha (en sanskrit : le but de l’existence humaine).

Selon le Tri Warga, l’Univers est comme un être vivant et il est composé de trois valeurs intrinsèques. Comme les êtres humains sont une expression de l’Univers, ces trois valeurs nous constituent aussi. Le Dharma est l’aspect spirituel, et concerne la relation étroite entre l’être humain et son dieu. La racine du mot dharma signifie ce qui crée de la structure, ce qui rend ferme. Le Dharma nous permet de donner vie à nos valeurs.

Artha est l’aspect socio-économique qui maintient la communication et la relation étroite entre les individus. Le concept Artha représente toutes les choses et possessions dans notre vie, ce que l’on peut voir, toucher, utiliser. Mais Artha apprécie la clarté et si les choses que l’on possède s’accumulent, l’énergie Artha se bloque.

Enfin, Kama est le plaisir, mais cela va bien au-delà de la sexualité (kama sutra). Kama est lié à la vie culturelle, à la création des arts, à la culture et à l’architecture. Or la question du plaisir est intimement liée à la question de notre présence : être pleinement présent pendant les moments où nous ressentons du plaisir.

L’hindouisme balinais met l’accent sur les activités rituelles pratiquées soit par des individus, soit entre amis ou au sein de plus larges communautés.

Toutes ces activités rituelles peuvent être classées en cinq catégories : Panca Yadnya qui consiste en un rituel dans les temples, Pitra Yadnya : un rituel pour l’esprit des ancêtres, Manusa Yadnya : un rituel pour commémorer le processus de la vie depuis l’enfance à l’adulte, Rsi Yadnya : un rituel lié à l’investiture d’un prêtre en tant que chef de la religion, et enfin Bhuta Yadnya : un rituel de guérison. De plus, la philosophie de l’hindouisme balinais est que la vie des hommes et des femmes doit être en harmonie avec la nature. Cette philosophie est basée sur l’idée que l’être humain est créé à partir des cinq éléments : l’éther (akasa), l’air (bayu), la chaleur (teja), l’eau (apah) et la terre (pertiwi, le sol) qui sont appelés Panca Maha Bhuta.

Les sept principes de vie des Balinais

Il existe sept principes de vie issus de la culture sociale et religieuse de l’hindouisme Balinais. Selon ces principes, une vie harmonieuse ne devrait jamais s’écarter de ces enseignements.

Le 1er principe est celui de Desa Kala Patra

Desa fait référence à l’espace de vie des personnes alors que Kala fait référence au moment où les personnes poursuivent leurs activités durant cette vie. Patra, c’est la personne qui vit dans une région. Ce principe socioculturel de Bali implique que les personnes qui pratiquent l’hindouisme Balinais doivent être en harmonie avec la région et la communauté dans laquelle elles vivent.

Second principe : Rwa Bhineda

Ce principe-là est basé sur la croyance que l’univers est en équilibre constant, selon un rapport de dualité. Selon les Balinais, il n’y aurait pas de vie significative s’il n’y avait qu’une seule espèce occupant l’univers et dominant ce cosmos. C’est ce concept qui rend l’univers avec sa vie sur terre, parfait et beau. Les hindous de Bali pensent que le système dualiste de l’univers est un ordre cohérent du cosmos, où chaque vie est orientée dans un état d’équilibre qui maintient la relation harmonieuse entre l’univers en tant que macrocosme et les êtres humains en tant que microcosme. Cet ordre est basé sur la philosophie de la réconciliation (deux pôles ayant des valeurs différentes, mais liées dans une relation). Rwa signifie deux et bhineda signifie différent, principe que l’on retrouve dans les « couples » homme-femme, la montagne-la mer, le jour-la nuit, la terre-l’eau, sekala-niskala, et dans le couple sacré-profane.

Les principes de Rwa Bhineda se retrouvent également dans l’architecture, notamment dans l’orientation spatiale des temples, des villes, des maisons, etc. Les espaces sacrés seront orientés vers une montagne, siège du domaine divin, tandis que les espaces dits profanes sont orientés vers la mer. Car, pour l’hindouisme balinais, la mer connote des « choses mauvaises ». On retrouve d’ailleurs cette notion dans la plupart des textes bibliques, qu’ils soient issus de religions polythéistes ou monothéistes. De même, les temples et lieux consacrés à la mortalité (site funéraire, cimetière…) seront orientés vers la mer.

Le troisième principe : Sekala – Niskala

Sekala est un objet visible, alors que Niskala est invisible. Les deux sont des éléments surnaturels de l’hindouisme Balinais, lequel croit que les objets invisibles (qui appartiennent au surnaturel) peuvent entrer en contact avec l’être humain. On ajoutera qu’à Bali, le temple, qui est un lieu de culte à Dieu, est un sekala tout en étant le reflet de niskala. Ainsi, les danses religieuses sekala, lesquelles sont exécutées par les hindouistes balinais, sont les symboles des pouvoirs invisibles (niskala). Cependant, le pouvoir le plus élevé de l’univers est juste Dieu, qui est invisible et intouchable. Son pouvoir est classé selon un principe trinitaire : le pouvoir de créer, le pouvoir de prendre soin et le pouvoir de reprendre. L’hindouisme Balinais aspire à atteindre un état de conscience suffisant afin que l’être humain puisse entrer en contact direct avec Dieu (sekala) pour lui permettre de raconter facilement ses pensées. On retrouvera ici une des explications des danses de transe sanghyang dedari, où des humains (sekala) entrent en contact avec les déesses issues de l’invisible (niskala).

Quatrième principe : Tri Hita Kharana

Tri Hita Kharana vient de trois mots : tri, qui signifie trois, hita qui signifie droiture et kharana, qui signifie source. Ce principe est primordial, car il contient l’enseignement philosophique sur la vie et l’harmonie de cette vie dans tous les aspects du quotidien. Les trois sources forment respectivement : 1. la relation entre l’être humain avec son Dieu, 2. entre l’être humain avec ses semblables et 3. entre l’être humain avec son environnement. Les trois éléments de Tri Hita Kharana sont l’atman, le prana et la sarira, qui sont respectivement les sources de la vie, de l’esprit et de l’énergie.

Cinquième principe : Tri Angga et Tri Mandala

Tri Angga est, selon la croyance culturelle et religieuse de Bali, la source de toute chose et s’exprime toujours selon trois valeurs qui sont utama, madya et nista (haut, milieu et bas). Chez un être humain, le Tri Angga serait représenté par la tête, le corps et les jambes. Dans un bâtiment, c’est le toit, le mur et le sol alors que dans la nature, il s’agit de la montagne, la terre et la mer. Dans l’univers (au sens de globe terrestre, car pendant longtemps les humains n’avaient pas conscience de la notion d’univers), on retrouve l’espace, la terre et la mer. Si les termes utama, madya et nista sont utilisés dans une zone délimitée (comme dans un temple par exemple), il y aura trois valeurs de l’espace appelé le Tri Mandala. Mandala signifie carré ou espace. Le principe de Tri Mandala est la continuité du principe de Rwa Bhineda, c’est-à-dire l’opposition/équilibre des deux « pouvoirs » : est – ouest, lever-coucher du soleil, montagne – mer, nord – sud, etc.

Sixième principe : Nawa Sanga

Nawa signifie le trône de Dewa, tandis que Sanga signifie « neuf positions ». Nawa Sanga évoque les neuf positions des trônes de Dewa (les dieux). La position de Dewa Syiwa (le dieu suprême) est au centre tandis que les huit autres sont dans les directions des points cardinaux d’une boussole. Du point de vue de Dewa Syiwa, le nord est Dewa Wisnu, le nord-est est Dewa Sambu, l’est est Dewa Iswara, le sud-est est Dewa Maheswara, le sud est Dewa Brahma, le sud-ouest est Dewa Rudra, l’ouest est Dewa Mahadewa et le nord-ouest est Dewa Sangkara.

Le septième principe d’Asta Dikpalaka

Ce dernier principe trouve sa source dans l’hindouisme indien qui décrit la forme de l’univers comme un cercle. On pense que la zone de l’univers est centrée sur le mont Mahameru (où se trouve un trône de dieux nommé Asta Dikpalaka) qui a quatre autres sommets plus hauts dans ses environs. On pense que le soleil, la lune et les étoiles tournent autour du pic Mahameru. Mahameru se tient debout au centre d’un continent appelé Jambhudwipa dans lequel existent des êtres humains et d’autres êtres vivants. Il y a aussi une chaîne de montagnes appelée Cakravala. Les huit directions de la montagne Mahameru sont gardées par Asta Dikpalaka en tant que protecteur de l’univers contre les créatures maléfiques.

Asta Dikpalaka représente ainsi les dieux des huit directions de la boussole qui, dans le mythe, entourent la montagne Mahameru. Du côté du mont Mahameru, le nord-est Dewa Kumera, le nord-est est Dewa Isana/Candra, l’est est Dewa Indra, le sud-est est Dewa Agni, le sud est Dewa Yama, le sud-ouest est Dewa Nirtti/Surya, l’ouest est Dewa Waruma et le nord-ouest est Dewa Wayu.

Illustration de couverture : Kler Roger.

L’orchestre de gamelan et le baris : deux traditions indonésiennes

Dans une légende javanaise sur l’origine du gamelan, un dieu nommé Sang Hyang Guru régnait sur Java depuis le sommet du mont Lawu. Il créa un gong magique qu’il frappait depuis son royaume montagneux pour invoquer les autres dieux, créant ainsi le premier gamelan.

Composés d’instruments de percussion tels que des métallophones de type xylophone, des gongs, des instruments à cordes, des tambours et quelques flûtes, ils sont considérés comme des pusaka — un patrimoine culturel doté d’un pouvoir surnaturel. À Bali, les cymbales sont souvent utilisées et la musique des gamelans est remplie de différents tempos, de changements rythmiques et de dynamiques soudaines. Sur l’île de Java, les joueurs de gamelan produisent un son plus calme en utilisant des maillets rembourrés. Colin McPhee, compositeur expatrié à Bali dans les années 1930, a décrit la différence comme telle : « Alors que le calme classique de la musique et de la danse javanaise n’est jamais perturbé, la musique et la danse à Bali sont turbulentes et dramatiques, remplies de contrastes et d’effets audacieux. Les musiciens javanais trouvent la musique de Bali barbare. Les balinais se plaignent que la musique de Java « les endort ».

Afin de continuer votre lecture et de vous imprégner pleinement de l’univers sonore qui se dégage des orchestres de gamelan, je vous propose un accompagnement de I Made Subandi, célèbre joueur de l’île des Dieux :

I Made Subandi, Music from Bali.

Les danseurs baris : gardes du corps des dieux de Bali 

Le baris, une ancienne danse guerrière de dévotion dérivée des arts martiaux, est originaire d’Indonésie au XVIe siècle sous le puissant empire Majapahit. A Bali, les soldats pratiquaient le baris comme exercice martial pour défendre leurs rois ainsi que leurs dieux.

Puisque le baris est un acte d’hommage au temple, exécuté par un danseur portant son arme, il est classé comme wali, ou sacré. Toutes les danses wali ont lieu dans le jeroan, la cour la plus intérieure du temple.

Danseur Baris tunggal - Bali
Danseur baris tunggal à Bali.

Comme exercice martial pour la défense de leurs rois et de leurs dieux, les soldats Majapahit dansaient le baris, une danse guerrière de dévotion originaire du XVIe siècle. Baris se traduit par « ligne » et baris gede, une danse pour hommes dans un groupe allant de quatre à soixante, qui signifie « grande ligne ». Aujourd’hui, plus de trente types de baris existent et sont un élément essentiel des cérémonies et des crémations du temple d’Odalan. (Le « Kidung Sunda », un poème javanais de 1550 racontant la crémation d’un grand roi, un massacre horrible et le suicide rituel de masse des veuves qui a suivi, mentionne sept types de baris en cours.) Le baris est un acte en hommage au temple et, par conséquent, il est classé comme wali, ou sacré, et se déroule aussi dans le jeroan, la cour la plus intérieure du temple. Les danseurs portent des armes telles que des lances, des boucliers, des poignards ou des offrandes de fleurs. Le nom de l’arme, de l’offrande ou de la fonction indique de quel type de baris il s’agit : dans un baris tumbak, de longues lances appelées tumbak sont portées, tandis que dans le baris pendet, des offrandes sont portées par les danseurs. Tous ceux-ci entrent dans la catégorie des baris gede, ou groupe rituel baris.

Les mouvements de la tête peuvent tourner soudainement vers la droite ou la gauche, ou être magnifiquement fluides, avec des mouvements latéraux qui donnent l’illusion de la tête flottant sur le cou. Dans la danse balinaise, le taksu est une performance de grande qualité que chaque danseur aspire à acquérir. La maîtrise de tous ces éléments techniques aide le danseur à atteindre ce charisme irrésistible.

Les hommages aux dieux : cérémonies Baris et Odalan

Un Odalan est un hommage aux dieux dans lequel les représentations théâtrales et les danses telles que les Baris sont considérées comme des offrandes religieuses. Un Odalan a lieu tous les 210 jours (une demi-année dans le calendrier balinais) et dure de quelques jours à plus d’une semaine, selon l’importance du temple. Tout le monde dans le village prend part aux préparatifs de l’Odalan. Danseurs et musiciens répètent, les enfants cueillent des fleurs et des palmiers des feuilles pour les somptueuses décorations du temple, d’autres encore préparent des festins et construisent d’imposants plateaux de fruits et de fleurs comme offrandes divines. À l’extérieur du temple, les mauvais esprits sont apaisés avec des offrandes de nourriture éparpillées sur le sol et le sang d’un combat de coqs (qui se produit pendant le rituel d’invitation des divinités à descendre du mont Agung) est versé dans le temple.

Les adeptes hindous-balinais croient que lorsque les dieux descendent, ils prennent la forme d’effigies en bois ressemblant à des poupées appelées pratima. Les danseurs baris servent de gardes du corps à ces divinités, et lors de la conclusion d’un Odalan, ils conduisent une procession vers une source sacrée où les pratima sont rituellement nettoyés. Escortées hors du temple dans des sanctuaires que l’on porte à bras d’hommes, ces sculptures saintes sont accompagnées par toute la congrégation du temple. Les danseurs baris gede gardent le pratima avec leurs armes, les protégeant alors que la direction de la procession passe d’une trajectoire kaja-kelod (Nord vers le Sud) positive à négative. Les pratima sont baignés par les prêtres puis ré-enchâssés dans le temple. Un prêtre récite ensuite des prières de consécration en sanskrit tout en gesticulant des mudras avec ses mains, et la sonnerie de la cloche de son temple marque la fin de l’Odalan.

Groupe traditionnel de gamelan Balinais
L’orchestre de gamelans, formation musicale traditionnelle de Bali.

Costumes et maquillage Baris

Le magnifique costume de baris gede est une variante de ce que portaient les soldats Majapahit il y a des siècles. Une danseuse s’habille d’un pantalon blanc et d’une chemise en coton blanc – une couleur dénotant l’héroïsme et l’honneur. Une bande de tissu appelée setagen s’enroule autour de sa poitrine, lui permettant de porter son keris, un grand poignard, sur son dos. Des couches de panneaux de tissu chatoyants appelés awiran pendent du corps de la danseuse, sérigraphiés avec de l’or et bordés d’une frange de pompons colorés. Sa poitrine, ses épaules et le haut de son dos sont recouverts d’une « armure » en forme de bavoir appelée bapang, laquelle peut être incrustée de pierres colorées ou richement brodée. Des bracelets serrés en velours noir décorés de garnitures dorées et rouges recouvrent ses poignets et ses chevilles. Un casque triangulaire appelé gelungan est orné de centaines de fragments de coquillages en nacre attachés à des ressorts qui permettent à chaque pièce de vibrer pendant qu’il danse. Tous ces éléments de costume rendent la danseuse plus grande que nature, la présentant comme une ennemie redoutable pour les mauvais esprits.

Le maquillage dans la danse balinaise contribue également à créer un effet surhumain. Les mouvements rapides des yeux, si essentiels à la danse, sont sublimés par un eye-liner noir charbon épais et un fard à paupières vif. Le blush rose est appliqué sur les joues et le rouge à lèvres sur la bouche. Un point blanc dessiné entre les sourcils représente le concept hindi du « troisième œil ». Traditionnellement, ce maquillage blanc, fabriqué à partir d’une poudre d’argile blanche, protégeait les danseurs de toute magie noire dirigée contre eux. Aujourd’hui, les danseurs qui se produisent dans les spectacles touristiques utilisent du dentifrice (sic), qui a sans doute ses propres mérites mais qui ne résiste peut-être pas aux esprits malins.

Quelles différences entre baris tunggal et baris solo ?

Anak Agung Gede Sobrat, Baris tunggal soldier, 1969

Bien qu’il n’y ait pas de récit direct, baris tunggal dépeint un fier guerrier : alors qu’il rencontre son ennemi invisible, ses expressions faciales communiquent ses innombrables émotions / actions. Ses mouvements oculaires sont extrêmement prononcés — les mouvements brusques et dardés des yeux du danseur sont entremêlés avec des regards si larges que les yeux sont littéralement renflés dans leurs orbites. Le gong de gamelan kebyar accompagne le baris tunggal. Kebyar, qui se traduit par « éclater en flammes », est un style qui s’est développé à Bali dans les années 1920 et reste encore très populaire aujourd’hui.

Le baris tunggal est souvent la première danse enseignée à un jeune garçon. Ses mouvements puissants et guerriers sont dérivés du baris gede, mais le baris solo permet une plus grande liberté dans la chorégraphie et aucune arme n’est portée.


J’espère que ce dernier article vous aura appris quelque chose de nouveau au sujet de Bali ? Si vous souhaitez prolonger la discussion, vous pouvez ajouter un commentaire juste en de-dessous… J’y réponds toujours 😉

Barong ket et la sorcière Rangda

Bien que l’influence de l’Inde soit fortement présente dans la danse balinaise, l’influence de la Chine se retrouve dans le masque Barong Ket, qui tire ses origines de la danse chinoise du Lion.

Le jour du Nouvel An, le barong (barong ket) défile à travers le village afin de ramener les esprits malveillants vers le cimetière et l’océan. Alors qu’il apporte des bénédictions aux gens pour le Nouvel An, ils le traitent comme une divinité et s’inclinent lorsqu’il passe. S’il y a maladie dans un village, la longue barbe du Barong, faite de cheveux humains, est trempée dans l’eau par le prêtre, qui la transforme en eau bénite utilisée pour la guérison.

Danseuse de Legong à Sukawati
Danseuse Legong, Bali.

Barong, un être joueur et bienveillant

Sous le magnifique barong ket se trouve un cadre en bambou pour donner forme à son corps et à sa queue incurvée, laquelle est recouverte de « fourrure » fabriquée à partir de fibres de palmier. Ses larges épaules sont protégées par une armure de cuir doré parsemée de miroirs, et sa coiffe a des yeux saillants et une bouche béante avec des mâchoires mobiles. Il faut deux danseurs pour jouer le rôle de la créature à quatre pattes. L’homme à l’arrière doit rester penché tout le temps, tandis que le danseur principal claque des mâchoires et bouge les yeux du masque. Tandis que le barong hirsute caracole et se balance vers le gamelan, il peut parfois se hisser sur ses pattes arrières, secouer les mouches ou se retourner pour admirer sa longue queue. Il taquine aussi les musiciens, s’allongeant sur un instrument pendant que l’on essaie de continuer à jouer, ou pose un pied sur un tambour, pour le plus grand plaisir du public.

La sorcière Rangda, veuve immortelle et reine des mauvais esprits

Contrairement au bienfaisant Barong, Rangda est une vieille femme qui a le pouvoir de se transformer en calonarang, une redoutable sorcière. Le mot « Rangda » se traduit par veuve en balinais. Bien que le suicide rituel pour les veuves balinaises ne soit plus pratiqué, autrefois, une épouse suivait son mari décédé dans le monde souterrain. En tant que veuve vivante, Rangda est l’épouse d’un esprit ; par conséquent, son existence immortelle la rend très dangereuse. Son masque terrifiant présente une bouche sinistre et béante avec des crocs acérés, une longue langue saillante et des yeux exorbités injectés de sang.

Statue de Rangda

Des gants poilus avec des ongles extrêmement longs couvrent ses mains, et elle porte un tissu blanc magique censé nuire aux gens qui le touche. Seul un homme d’une grande force spirituelle peut porter le masque calonarang, car il doit être capable de résister aux forces qui pourraient être déchaînées par sa présence. La bataille entre Rangda et le Barong avec ses disciples, les danseurs de kris, suscite tellement d’émotion que ces acteurs tombent en transe pendant le drame. Par conséquent, ceux qui remplissent ces rôles doivent pratiquer un rituel de purification appelé mewinten, qui implique de suivre un régime spécial : l’abstention d’activité sexuelle et l’évitement des cérémonies funéraires et de crémation au moins vingt-quatre heures avant le spectacle.

Que raconte le calonarang ?

Le calonarang est inspiré d’une ancienne histoire hindoue-javanaise. Dans l’intrigue de base, la veuve Rangda est le calonarang, une monstrueuse sorcière. Enragée qu’aucun homme n’épouse sa fille, elle a appris à ses sisya (étudiantes en magie noire) à se transformer en leyaks. Ensemble, elles apportent la peste dans les villages. Le Barong et ses fidèles dévots arrivent pour combattre le calonarang. Dans la plupart des fins, le Barong réussit son attaque, débarrassant le village des entités malfaisantes, mais il reste entendu que cette lutte entre le bien et le mal ne sera jamais terminée. Le Barong, dans son rôle de protecteur de la communauté, contrecarre la malveillance de Rangda, aussi temporaire soit-elle.

Traditionnellement, à la fin d’un calonarang, la sorcière est vaincue, aspergée d’eau bénite et ramenée au temple, où le masque sera soigneusement rangé, tandis que le prêtre trempe la barbe du Barong dans l’eau pour la sanctifier. Ceux qui sont tombés en transe sont sortis par l’aspersion de cette eau bénite et tous rentrent chez eux à l’aube.

De l’importance des rites sacrés dans la culture traditionnelle balinaise
Cérémonie traditionnelle balinaise à Sukawati

Il a été observé que la purification rituelle qu’un calonarang prodiguait à la communauté semblait réconforter les Balinais. Après une telle performance, chacun rentre chez soi en se sentant parfaitement bien et en paix avec le monde.

À Bali, le tourisme continue de soutenir les formes de danse abordées dans ce chapitre, ainsi que d’autres comme le kecak, qui met en scène l’enlèvement de Sita du Ramayana.

Les tendances actuelles du Kecak

Kecak kontemporer, une itération contemporaine, attire davantage un public balinais. Un innovateur dans le kecak est le chorégraphe Sardono Waluyo Kusumo, qui s’est éloigné des mouvements traditionnels en utilisant ceux inspirés par la nature. Parmi les autres chorégraphes expérimentaux qui font avancer les innovations contemporaines dans la danse balinaise, citons I Wayan Dibia et I Made Sidia, deux professeurs de danse de l’Institut Seni Indonesia à Denpasar. I Wayan Dibia s’est engagé à susciter une renaissance des arts du spectacle à Bali.

Dessin de la Sorcière Rangda

À cette fin, il a fondé le Bali Arts Festival pour offrir un lieu et un public aux nouvelles et anciennes formes de danse balinaise, qui attirent artistes et touristes depuis sa création en 1979. Dans un pays où les danses abondent dans les lieux touristiques, le festival est devenu d’un grand intérêt pour les Balinais eux-mêmes.

Après avoir perdu la faveur des danses plus rapides du kebyar, un renouveau de la danse legong a été lancé dans les années 1990 par Tirta Sari, une compagnie professionnelle de danse legong de Peliatan, dirigée par Anak Agung Gede Oka Dalem, aujourd’hui omniprésente à Bali.


D’après World Dance Cultures : From Ritual to Spectacle, P. Beaman (2017).

Les danses rituelles : sanghyang jaran et sanghyang dedari

L’île de Bali est unique en Indonésie pour sa dévotion à l’hindouisme. Plus de 80% des Balinais se sont déclarés hindous lors du recensement de 2010 et l’influence de la religion se reflète clairement dans leurs arts et leurs rituels.

La transe sacrée du Feu

Une performance balinaise traditionnelle, racontée lors du Tari Kecak est la transe du feu. L’homme-cheval, pieds nus, se déplace autour d’un feu de joie fait de coques de noix de coco, donnant des coups de pied et dansant dans un état de transe.

Les danseurs se retirent sous des applaudissements reconnaissants et les hommes s’empressent de préparer l’espace pour le Sanghyang Jaran. Une barrière basse en treillis de bois est installée devant les sièges des spectateurs et un tas de coques de noix de coco est incendié au milieu de l’arène. Le chœur refait surface pour planter le décor. Arrive alors sur scène Hanuman, le Roi-Singe. Il grogne, il trépigne, puis il saute au dessus du feu à plusieurs reprises. Ce dernier gagne peu à peu en intensité. Puis le singe s’éloigne par une porte dérobée…

Le Roi-Singe Hanuman

Le chant « cak », désormais familier, monte frénétiquement avec l’arrivée du cavalier. L’homme et son cheval caracolent au rythme des chants. Ils se rapprochent, progressivement, du brasier qui vient déjà lécher ses épaules. Tandis que les hommes crient, le cavalier se précipite brusquement dans les flammes ! Le feu se disperse en une pluie d’étincelles rouges. Le chant du chœur se fait plus fort jusqu’à devenir exubérant.

L’arène n’est bientôt plus qu’un tas de braises rougeoyantes, leurs fragments brillent toujours d’une étrange malveillance. Deux serviteurs s’empressent de balayer les débris en tas afin que le cavalier puisse, une fois de plus, démontrer son pouvoir. En transe, il continue de trotter librement, prenant à pleine main des braises incandescentes et les lançant en l’air. Dans un éclair de folie, il glisse une poignée de braises dans sa bouche et les recrache en une gerbe de morceaux brûlants, comme si les copeaux enflammés n’étaient pour lui rien de plus qu’un inoffensif charbon !

J’étais ravi de voyager à Bali pour explorer sa beauté et ses mystères… Mais je n’imaginais que je tomberais sur quelque chose d’aussi magique.

Qu’est-ce que le sanghyang et quel est son but ?

Le mot Sanghyang signifie céleste et fait référence à des rituels de transe dansés par lesquels les interprètes entrent dans un état de conscience modifiée, appelé kerawuhan (descente, arrivée) ou nadi (devenir). L’objectif de ce rite est de remettre de l’ordre dans le village et d’exorciser les esprits du chaos.

Notez cependant que les danses rituelles kerawuhan et le Sanghyang jaran que l’on peut voir dans de nombreux théâtres et temples de l’île sont souvent des mises en scènes à l’attention des touristes. Un occidental ne fera pas la différence mais un balinais, oui. Il arrive toutefois que vous puissiez profiter d’une authentique danse de transe en poussant les portes d’autres lieux traditionnels, loin des chemins balisés et dans certains villages reculés qui ne figurent pas dans les guides touristiques.

Le rituel magique du sanghyang dedari

Lorsqu’en 2010, j’ai accompagné Agung dans son village natal (province de Sukawati) à une cérémonie sous la pleine lune, j’ai eu la chance inouïe de profiter d’une vraie danse de transe sanghyang dedari. Ce rite traditionnel est exécuté la nuit en présence de tout le village dans le jeroan, la cour intérieure du temple. Le prêtre, un chœur de femmes et le couple de sanghyang (celles qui vont participer au rituel) se rassemblent près du sanctuaire, où l’offrande aux dieux a été placée. Pendant que le prêtre prie, les deux jeunes filles sanghyang s’agenouillent ensemble devant un brasero rempli d’encens et inhalent la fumée purificatrice. Le chœur invite la déesse à descendre, chantant lentement des kidung sacrés dont le tempo augmente régulièrement à mesure que la possession approche. Lorsque les filles entrent en transe kerawuhan, elles se balancent d’avant en arrière, murmurant des mots étranges d’une voix rauque et gutturale. Le prêtre se déplace à travers des coquilles de noix de coco incandescentes et les tend aux jeunes femmes. Si ces dernières sont insensibles à la chaleur, il juge que la transe est réelle, ce qui permet aux balinaises en transe de devenir médiums des dieux.

Alors que les sanghyang sont profondément ancrés dans le kerawuhan, l’humeur des petites filles normalement dévouées peut devenir imprévisible, et elles sont connues pour se comporter avec une agressivité inhabituelle si leur volonté n’est pas respectée. Elles peuvent être agacées par le gamelan, refuser de danser sur une mélodie particulière, ou rejeter avec violence un homme qui tenterait de s’approcher. Ce soir-là, je me souviens d’une danseuse sanghyang qui, après qu’un homme ait tenté de la rattraper alors qu’elle tombait en arrière, gifla violemment le balinais au visage et proférant des menaces à tout le monde autour d’elle. Comme les conseils des dieux sont grandement nécessaires, les villageois tentent de répondre aux caprices divins du sanghyang qui ne délivrera de messages que s’il est satisfait.

Un témoignage d’une anthropologue au sujet d’un sanghyang à Sukawati

Dans son ouvrage anthropologique World Dance Cultures, From Ritual to Spectacle, Patricia Beaman relate l’expérience d’une chercheur indonésienne, Belo, qui faisait partie de l’équipe anthropologique de Margaret Mead et Gregory Bateson dans les années 1930. Cette dernière a fait des recherches sur le sanghyang dedari à Bali. Dans son livre, Trance in Bali, elle a été témoin du pouvoir d’un sanghyang à Njawat. Elle décrit l’histoire de deux partenaires sanghyang, Tjibloek et Renoe. Belo raconte :

« Une fois, une danseuse sanghyang se produisait à Sukawati. Elle s’est arrêtée et s’est assise… et a fait signe qu’elle voulait être transportée dans une certaine direction… Les villageois l’ont emmené et rencontrèrent bientôt une seconde procession portant une sanghyang d’un autre village. Les deux sanghyang se sont rencontrées et, bien qu’elles ne se soient jamais croisé ni même jamais dansé ensemble auparavant, elles se mirent à danser à l’unisson comme deux legongs. »

Ce récit de deux sanghyang qui se rencontrent pour la première fois et dansent d’une manière presque identique nous amène à nous demander ce qui est acquis et ce qui est inné. Les Balinais demanderont : qu’est-ce qui est de ce monde et qu’est-ce qui est divin ? Selon le rite Balinais, puisque le petit corps mortel d’une sanghyang sert d’hôte aux divinités, les royaumes terrestre et céleste s’unissent dans une danse divine de purification.

Mitra Bali, artisanat et commerce équitable sur l’Île des Dieux

L’association de commerce équitable Mitra Bali vous fait découvrir l’artisanat balinais et vous permet d’apporter une aide concrète aux artisans se trouvant à l’écart des circuits touristiques habituels, à travers une consommation citoyenne.

Le talent des Balinais pour l’art et l’artisanat est indéniable ! il est fréquent de découvrir sur le bord des routes des tailleurs de pierre, des peintres et des tisserands de tous les âges qui s’affairent à longeur de journée et proposent une diversité de produits impressionnante aux voyageurs itinérants : sculpture sur bois, ikats, céramique, poterie, vannerie, bijoux, etc.

Il est certain que vous trouverez un large choix de produits artisanaux dans les innombrables boutiques touristiques que comptent Ubud, Sulawesi ou bien Kuta. Mais c’est souvent en retrait des sentiers balisés et dans les petits villages reculés que vous pourrez réellement apprécier le talent inné des Balinais pour l’art.

Présentation de l’association de commerce équitable Mitra Bali

Mitra Bali est une association balinaise de commerce équitable créée en 1993 et membre de l’IFAT (Fédération Internationale du Commerce Équitable). Son but est d’apporter des débouchés commerciaux et de soutenir les artisans les plus démunis, qui sont le plus souvent isolés dans les petits villages et qui n’ont pas accès au « marché touristique ».

En effet, la réalité du développement de l’industrie touristique est quelque peu différente de la perception commune des ocidentaux qui imaginent Bali comme une île sacrée et paradisiaque remplie d’artisans prospères. Dans les faits, seule une petite partie des bénéfices du tourisme profite aux créateurs locaux. Ce sont plutôt les propriétaires des boutiques d’art qui bordent les rues de certains centres touristiques qui profitent du tourisme à Bali. Le dur labeur des artisans n’est que peu voire pas du tout reconnu à sa juste valeur et ce sont malheureusement trop souvent les intermédiaires qui récoltent les bénéfices. Les artisans reçoivent rarement un acompte équitable avant de commencer leur travail, et ils ignorent la plupart du temps où et à qui leurs produits ont été vendus ou échangés, encore moins à quel prix. Tous ces problèmes ont une cause unique : le modèle de politique commerciale et d’entreprise qui prévaut aujourd’hui (en Indonésie comme ailleurs) n’est ni équitable ni juste.

Sur la base de ces réalités, Mitra Bali s’engage activement à aider les petits artisans et producteurs locaux marginalisés afin de les aider à développer un modèle de commerce équitable. Mitra Bali organise aussi régulièrement des ateliers de formation gratuits, afin de diffuser auprès des artisans locaux des informations éducatives et éclairantes, notamment sur les moyens de les aider à développer leur entreprise. De plus, Mitra Bali participe activement à un programme de replantation d’arbres Albizia (Arbre à soie, ou blalu en Indonésien) en signe de sa préoccupation profonde envers l’environnement naturel de Bali, détruit par des investisseurs avides de terres.

Nous savons que ce que nous avons fait, ce que nous faisons et ce que nous ferons est encore loin de nos espoirs et de nos rêves….. C’est pourquoi nous devons poursuivre ce processus. Un autre monde merveilleux est possible.
— Site officiel de Mitra Bali

Mitra Bali a une bonne politique de sélection et de responsabilisation des producteurs et a inclus dans sa stratégie la promotion de projets environnementaux et sociaux, dont elle s’occupe directement, en utilisant les bénéfices de sa propre activité commerciale. L’association est fortement enracinée dans le territoire et promeut une économie et une culture alternatives au tourisme de masse et à l’impact environnemental et social qui en découle et qui caractérise Bali.

Mitra Bali en images

Les créations de Mitra Bali

Le secteur de l’artisanat à Bali est principalement constitué d’ateliers familiaux travaillant sur commande. Selon la mode européenne, on trouve des artisans qui fabriquent des figurines de Winnie l’ourson ou de Bob Marley pour répondre à la demande des touristes consommateurs. Les artisans de Mitra Bali, quant à eux, créent des objets décoratifs originaux en bois, bambou, noix de coco, céramique et métal. Une grande attention est accordée au développement de nouveaux produits, à la conception et à la haute qualité. Lorsqu’une commande arrive, Mitra Bali donne la priorité aux producteurs les plus pauvres, qui sont mis en contact avec les plus expérimentés. Tous les trois mois, un séminaire est organisé sur les tendances du marché et tous les mois, une réunion de tous les artisans est organisée sur des questions commerciales, techniques, sociales et politiques (prévention du sida, condition des femmes). Les artisans disposent également d’un centre de design gratuit où ils peuvent consulter des livres et des magazines et rencontrer des designers. Les moments d’agrégation sont fondamentaux et donnent souvent lieu à des danses et des fêtes.

Parmi les nombreux programmes que Mitra Bali propose aux artisans et à leurs familles, deux connaissent un succès particulier : le crédit et la « vache voyageuse ». Les artisans peuvent demander à l’organisation un prêt sans intérêt pour rénover leur atelier, acheter des matériaux ou pour des besoins personnels tels que les funérailles, qui jouent un rôle fondamental dans la culture balinaise. En outre, les familles peuvent « louer » gratuitement les vingt vaches de Mitra Bali qui fournissent gratuitement du fumier. Lorsque la vache a un veau, celui-ci est rendu.

Les valeurs défendues par Mitra Bali

Protection de l’environnement, préservation de la biodiversité, lutte contre le changement climatique, économie en milieu carcéral, autonomisation des femmes, développement des zones rurales, protection des cultures indigènes, récupération des zones touchées par des conflits, protection contre l’exploitation sont autant de valeurs portées par l’association balinaise Mitra Bali.

Autre initiative : le camp vert, un terrain sur lequel sont plantés les arbres utilisés pour la sculpture afin de limiter la déforestation. Dans le village d’Abuan, au pied du volcan Batur, un propriétaire terrien criblé de dettes a été contraint de vendre son champ. Mitra Bali lui a proposé un compromis qui permettrait au fermier de conserver sa terre à condition qu’elle devienne productive en plantant une culture de blalu, un bois tendre pour la sculpture. Cinq à huit ans plus tard, lorsque les arbres furent coupés, le propriétaire reçu 70 % et Mitra Bali 30 %. Le bois fut ensuite vendu par Mitra Bali aux artisans sans frais supplémentaires. Il s’agit d’un modèle de responsabilité sociale encouragé par le commerce équitable. Depuis 2004, Mitra Bali a lancé plusieurs autres plantations dans le village d’Abuan.

Site officiel de Mitra Bali

Découvrir Mitra Bali, association de commerce équitable à Bali.

Siège de l’association :

Jalan Gunung Abang, Banjar Lodsema, Desa Lodtunduh,
Ubud, Gianyar 80571, Bali, Indonesia

Tél. : +62 361 295010

Le magasin de Mitra Bali :

Jalan Monkey Forest, Ubud, Gianyar 80571, Bali, Indonesia
Tél. : +62 361 972108

Déroutes et Détours : une bibliothèque dans les nuages

Combattre l’illetrisme et promouvoir l’apprentissage de la lecture dans le Nord de Bali, telles sont les missions que s’est fixée Déroutes et Détours, une association qui mène un projet de soutien scolaire et de promotion de la lecture auprès des écoles de Wanagiri situés dans le Nord de Bali.

Initié en 2004, ce projet consiste à soutenir  la scolarisation au nord de l’île des Dieux en promouvant notamment la lecture grâce à la mise en place d’une petite bibliothèque en milieu rural, dans le village de montagne de Wanagiri.  Le village de Wanagiri est situé à 1400 mètres d’altitude sur la route des crêtes qui mène au lac Tamblingan. Lorsque vous passerez par là, pourquoi donc ne pas s’y arrêter un moment ?

La petite histoire de la bibliothèque de Wanagiri

Dans cette région montagnarde et rurale de Bali, l’accès au savoir est difficile et les livres sont rares. La bibliothèque permet à quelques-uns de se fournir en livres, de les emprunter, bref de se plonger dans les pages et découvrir un autre monde, que ce soit pour le plaisir de lire ou pour celui d’apprendre. L’objectif de cette bibliothèque est donc non seulement de proposer des livres d’enfants, des contes balinais et autres légendes asiatiques, des livres sur les cultures indonésienne et l’identité balinaise, d’autres autour de la religion hindoue ou des spiritualités orientales, ou encore des livres d’histoire nationale et de politique internationale, mais également des publications trop longtemps censurées ou jetées dans les oubliettes de l’histoire d’une dictature en mal de propagande…

Nous devons cette belle initiative à l’association Déroutes et détours / La croisée des routes et à son directeur, Franck Michel, écrivain et anthropologue reconnu. Cette association très  active organise des débats et des manifestations culturelles sur le thème du tourisme solidaire, elle mène également quelques beaux projets de développement en Indonésie : parrainage d’élèves, aide à la formation, achat d’ordinateurs…

La bibliothèque en images

Ci-dessous, une vidéo de présentation de la Bibliothèque de Wanagiri, fondée et gérée par l’association Déroutes & Détours / La croisée des routes :

La Croisée des Routes

Mouvement pour l’autonomadie : fabrique éditoriale, itinérante et collective : https://www.croiseedesroutes.com/

L’association est également soutenue par le bagagiste Bali Autrement, lequel poursuit depuis douze ans un important projet de développement social, culturel et de solidarité à Bali et qui consiste à aider des populations rurales défavorisées de l’Indonésie.

Photo : © Croisée des Mondes (2016).

Ô Garuda !

De grandes ailes foliacées, un bec de bois ciselé. Tantôt géant pour mettre les ombres en déroute, ou sur le Mont Meru d’un temple Hindou au bord d’une route. Fils de Kashyapa et Vinatâ, frère d’Aruna, le conducteur du dieu Sûrya, je n’oublie pas. Ô Garuda !

Maître des Airs au nom gravé de lettres d’or dans le basalte, caché parmi les feuillages d’une jungle luxuriante de Java. Une statue fière qui luit près d’un banian sous la lune montante, derrière les chants scintillants des gamelans comme la prière d’un poème épique. Le macaque te regardait de son air narquois.

Garuda taillé dans le tronc, batu permata laut, orné de gemmes de Lune sur le front. Du Râmâyana aux jeux d’ombres des wayang kulit, une fleur de frangipanier embaumant les ailes d’une danseuse de Legong, déployées vers le ciel, encerclant la terre, portant Vishnou sur un trône de plumes orné de vagues solaires. Ô Garuda, je t’ai suivi.

Fulgurant, enflammé, gardien des Vents qui volait au gré. Soufflant, sifflant, gonflant les ailes des grands cerfs-volants de bambou et tissus colorés. Quarante plumes élancées, bec pointu, regard d’acier, maintient entre tes serres la Terre dévoilée.

Garuda, mi-homme, mi-oiseau, qu’un artiste de l’arbre a façonné, avant de te donner vie au pinceau. Roi des Oiseaux. Tu veilles sur ce lieu comme sur le chemin.

Semoga dunia ini damai selalu ; entre les reflets des nuages du levant, sur le fond d’un ciel rougeoyant du couchant, Garuda galope, ceint du seing d’un dieu que je sais philanthrope.

Où que tu sois, Garuda, tu ornes à présent ma chambre sur un sarong Batik rouge, un coquillage d’Indonésie en offrande à tes pieds. Un miroir peint aux arabesques vives, éclaire d’un éclat blanc ton ramage étonnant.

Je me souviens, ô bel oiseau de rêve qui a guidé ma voie le long des rizières et des volcans. Un colibri. Dont la voix tintinnabulait comme un gong lointain. Wahhyu suci, un bâton d’encens balinais se consume à présent…

— Matur suksma, Garuda !

Et l’oiseau répondit :
— Suksma mewali !

Dan, aku terus melangkah… Meiri Pinsent, femme et militante balinaise aux multiples talents !

Mon amie Meiri Pinsent, rencontrée à Bali par l’intermédiaire de mon neveu Gurvan est aussi une écrivaine talentueuse ! Elle a récemment publié ce qu’elle appelle avec beaucoup de modestie « une série de mots ». Sa passion pour inciser le contenu du cœur ne s’est jamais évanouie, jusqu’à ce que de ses mains naissent de beaux poèmes qui ont ensuite été publiés.

Et, je continue…

Son dernier livre est un recueil de poèmes intitulé « …Dan, aku terus melangkah… », c’est-à-dire « …et, je continue… ». C’est le troisième livre de Meiri, femme, artiste, également militante sociale et mère d’un jeune garçon. En 2000, elle avait déjà édité un recueil de poèmes intitulé Daun (Feuille) et Eclipse Mata Hati (les Yeux du Cœur) quelques années plus tard, en 2005.

Son plaisir à conter ce qu’elle ressent et ce qu’elle voit, n’importe quand, n’importe où, fait d’elle une personne aux innombrables « notes de cœur ». Sa vie en est remplie ! Ces notes de cœur ont ensuite été réécrites dans un recueil de poèmes. « Je ne suis pas écrivain. Mais j’aime écrire », déclare-t-elle avec un sourire.

Pourquoi avoir choisi ce titre ?

Parce que Meiri croit que dans cette vie, tout ce que nous traversons, tout ce que nous vivons et tout ce que nous ressentons est comme un rêve ; il y a de l’espoir, il y a du chagrin, il y a de l’amour, et pour tout cela nous devrions en être reconnaissant. Nous avons toutes et tous beaucoup de souvenirs en mémoire, un aujourd’hui que nous apprécions, et des lendemains que nous attendons avec impatience.

Contrairement à la poésie en général, les poèmes de Meiri n’ont pas de titres. Sa poésie est avant tout marquée par l’instant et les lieux où ses « notes de cœur » sont écrites. Comment donner un nom unique à quelque chose d’universel ?

Meiri, une femme pleine de richesses intérieures

La pandémie de coronavirus a transformé notre façon de vivre, et particulièrement dans les régions touristiques. L’interdiction de vols vers l’Indonésie et les fermetures de frontières entraînent actuellement une catastrophe économique sans précédent dans le vaste archipel ! Voyant cela, Meiri et trois autres amis ont donc décidé de faire quelque chose pour s’entraider et apporter leur soutien aux plus démunis. Originaires d’horizons très différents, leur amitié forte les a renforcé dans leur volonté de faire ensemble et pour les autres. Ainsi est né Warteg Wareg à Ubud, Bali ! On y retrouve Tyas Lestari (originaire de Jakarta), Dewa Kumara (Bali), un artiste aux multiples talents que j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs fois à Ubud, Gusti Ngurah Suardika, aka Kenji, un DJ qui sait comment faire hésiter les visiteurs des clubs où il se produit à rentrer chez eux et enfin… Meiri !

Si d’aventure vous passez par Ubud pour les affaires, pour un voyage humanitaire ou lorsque les frontières ouvriront de nouveau, ne manquez pas de lui rendre visite et de déguster son célèbre et inégalable Sambal goreng kentang (Chili frit aux pommes de terre) ! Un vrai régal.

Photo de couverture : une statue en bronze de Ganesh, telle celle qui trônait jadis dans le petit café balinais le Delhi Cat (Ubud) où nous avions souvent l’habitude de nous rendre Meiri et moi.

Musée Antonio Blanco Renaissance à Ubud, entre exotisme et surréalisme

La demeure du peintre espagnol Don Antonio Blanco à Ubud (Bali) est un savant mélange onirique d’art surréaliste et d’architecture Renaissance. La « maison imaginaire » du peintre catalan est un espace irréel et hors du temps, où se croisent peintures, rêves extraordinaires et fantasmagorie mégalomane.

Dès l’entrée, laquelle foisonne d’une végétation luxuriante, de nombreuses statues de Shiva vous accueillent près d’un portail en fer forgé enrichi de grandes lettre d’or où l’on peut lire : Antonio Blanco. Le jardin peuplé d’oiseaux exotiques est magnifique, la maison-musée spectaculaire et l’on devine la personnalité riche et complexe du peintre. C’est un lieu envoûtant, presque enchanté, qui n’est pas sans rappeler la Fondation Gala-Salvador Dalí de Figueres.

Musée Antonio Blanco de Bali
L’entrée du Musée Blanco Renaissance à Ubud

La Maison Imaginaire d’Antonio Blanco et Ni Ronji à Campuan

Blanco, probablement l’artiste le plus célèbre et le plus accompli à avoir jamais vécu à Bali, a bâti de ses mains son magnifique atelier au sommet d’une montagne surplombant la rivière Campuan. Ce flamboyant bâtiment, mélange unique d’architecture balinaise imprégnée de l’esprit de son Espagne natale, abrite une intéressante collection d’œuvres tirées de différentes périodes de sa longue carrière. L’artiste, connu à travers le monde entier pour son « charisme catalan », s’est vu affublé du sobriquet de  « Fabuleux Blanco », une expression qui reflète son talent pour la créativité.

Musée Antonio Blanco
Accueil des visiteurs – Musée Antonio Blanco.

Don Antonio Blanco, un artiste extravagant

Antonio Blanco est né le 15 septembre 1911 à Manille, la capitale des Philippines. Ses deux parents étaient espagnols, un fait qui, selon Blanco, le liait géographiquement et spirituellement aux peintres Juan Miro et Salvador Dali. Blanco fit ses études à l’American Central School de Manille. Au cours de ses années de lycée, il affectionne particulièrement les cours d’arts plastiques et de littérature, mais délaisse les matières scientifiques. Polyglotte, Bianco parlait communément six langues : l’espagnol, le français, l’anglais, le tagalog (la langue nationale des Philippines), l’indonésien et un peu de balinais. Après avoir terminé ses études secondaires à Manille, Blanco étudiera à la National Academy of Art de New York sous la direction de Sidney Dickinson.

Portrait de Antonio Blanco
Portrait de l’artiste Antonio Blanco.

Au cours de ses premières années de formation, il se concentre sur la forme humaine, fasciné par le corps féminin plus que tout autre sujet. Pour poursuivre ses études et enflammer son esprit voyageur, il parcours le monde avant d’accoster à Bali en 1952. Subjugué par son art, le roi d’Ubud lui offrira un terrain pour installer sa maison et son atelier à Campuan, près de Ubud, au confluent de deux fleuves sacrés. Blanco épousera une femme balinaise, la célèbre danseuse Ni Ronji, et le couple vivra dans retraite de montagne, la quittant à peine pour le monde extérieur. Après un bref voyage aux États-Unis, où Blanco acquiert de nombreux nouveaux collectionneurs, l’artiste, sa compagne Ni Ronji et leurs quatre enfants, Tjempaka, Mario, Orchid et Maha Devi se retirent au cœur de leur maison imaginaire… pour n’en sortir qu’en de très, très rares occasions.

Un musée pour promouvoir l’œuvre artistique, culturelle et intellectuelle de Antonio Blanco

Entouré de jardins luxuriants, de rizières et d’un banian surplombant le temple de sa famille, Antonio Blanco créé une nouvelle réalité. Il rêve de transformer cet espace de vie en musée magique, un lieu onirique entouré de jardins luxuriants, de rizières et d’un banian gigantesque qui surplombre le temple familial. À la fin de sa vie, Blanco entame la construction de son musée dans son atelier de Campuan. Hélas, il décède de manière accidentelle en 1999, juste avant son inauguration. Ses funérailles furent marquées par une très importante crémation à Ubud.

Musée Don Antonio Blanco Renaissance Ubud
L’intérieur du Musée Blanco et la rotonde style Renaissance.

Le rêve de Blanco étant de transformer son atelier-manoir en musée, c’est son fils, Mario, qui réalisera ce rêve en suivant le chemin tracé par son père pour devenir peintre. Le musée Antonio Blanco Renaissance est désormais ouvert au public, exposant à la fois les œuvres d’art du maestro et de son fils Mario Blanco.

Un lieu paisible et foisonnant de créativité

Outre les jardins et la petite volière de perruches, qui apprécieront de poser pour des photos, la galerie comprend un grand nombre de sculptures balinaises et une rotonde de style Renaissance bordée de peintures de l’artiste-peintre et architecte Don Antonio Blanco, dont beaucoup sont des nus et semi-nus. L’atelier de l’artiste est conservé tel qu’il l’a laissé, avec au en son centre une peinture inachevée.

Curieusement, il y avait ce jour-là relativement peu de visiteurs dans le Musée Blanco. Malgré qu’il soit un artiste internationalement connu, de son vivant Blanco n’a pas beaucoup influencé les scènes artistiques balinaises ou indonésiennes. On ne se plaindra pas de l’absence de touristes en ce lieu magique, la peinture devant être, à mon avis, observée dans le calme et la contemplation. Ainsi, la quiétude du musée est très agréable pour apprécier pleinement l’œuvre fabuleuse de l’artiste.

Statue dorée - Musée Blanco Renaissance - Ubud

L’Association des Enfants des Villages d’Indonésie (ADEDVI)

L’association des Enfants des Villages d’Indonésie (ADEDVI) œuvre au village de Tampaksiring, situé au cœur de l’île de Bali. L’association a été créée en 2001 pour financer et soutenir une structure éducative nommée Yayasan Perkumpulan Anak Desa (YPAD) dans le village de Tampaksiring.

Étancher leur soif d’apprendre

Tout a commencé en 1999 lorsque quelques enfants du village de Tampaksiring ont saisi l’opportunité offerte par Sandie Bujana, une femme de nationalité française qui résidait dans le village. Pour la petite histoire, Sandie est titulaire d’un Master de l’Université de Londres, elle parle assez bien l’indonésien et comprend un peu le dialecte balinais. Pleinement intégrée à la vie du village, tous les enfants de Tampaksiring la connaissaient depuis des années.

Face à la demande croissante des enfants du village à avoir accès à une éducation de meilleure qualité que celle habituellement enseignée dans les campagnes, Sandie a commencé à leur enseigner le français et l’anglais, et les a aidés à faire leurs devoirs quand ils en avaient besoin. D’un groupe de 5 enfants, le chiffre a rapidement décuplé pour atteindre 50 ! Ne pouvant gérer seule la situation, Sandie a publié quelques annonces dans le Bali Advertiser. Bientôt, Tempaksiring a ouvert ses portes à plusieurs volontaires indonésiens ou expatriés qui se sont consacrés à l’enseignement de l’anglais, du japonais ou d’autres langues.

Aujourd’hui, grâce aux dons de particuliers, d’ONG et d’associations de France et de l’étranger, l’association emploie huit éducateurs indonésiens, qui s’occupent d’une cinquantaine d’enfants âgés de 3 à 6 ans et autant pour les cours d’anglais (élèves du primaire et du secondaire).

Voler de ses propres ailes…

En juin 2016, l’association ADEDVI a mis un terme à son soutien à la Yayasan PAD dans le village de Tampaksiring. Soutenu, conseillé et guidé par l’ADEDVI pendant environ 15 ans, il était temps, pour le Yayasan de Bali de voler de ses propres ailes !

Nous leur souhaitons bonne chance !

Histoire, légendes et coutumes autour de la danse bedhaya de Java

Légende de bedhaya : une histoire d’amour entre le sultan et Ratu Kidul

Le rite bedhaya (chant et danse de Java) a été créé au XVIIe siècle sous le règne du sultan Agung (1613-1645). On y conte l’histoire d’amour entre ce dernier et Ratu Kidul, la déesse de la mer du Sud. Cette puissante et redoutable divinité de la mort habite l’océan Indien et règne sur des démons aquatiques qui ont le pouvoir d’invoquer les désastres et les tempêtes.

Après s’être entiché de Ratu Kidul lors de ses méditations quotidiennes sur les rivages de son royaume, le sultan la suit sous les vagues jusqu’à son palais des abysses. En raison de cette alliance romantique, le sultan a accès à de grands pouvoirs, qu’il utilise pour vaincre ses ennemis et étendre son empire sur la face du monde. Ici, le mythe diverge : dans une version, c’est la déesse qui aurait créé le chant et le mouvement bedhaya en l’honneur du sultan ; un autre prétend que le deuxième sultan de Yogyakarta a créé le bedhaya au XVIIIe siècle pour commémorer la rencontre entre son ancêtre et la déesse. Quoi qu’il en soit, les Javanais, par crainte de Ratu Kidul, traitent encore aujourd’hui la déesse avec un profond respect. Pour preuve, avant chaque représentation les musiciens et danseurs Bedhaya se purifient en jeûnant et en récitant des prières spéciales. Ils offres également des fleurs, de la nourriture ou de l’encens, ainsi que des articles de beauté tels que des peignes, des miroirs à main ou des épingles à cheveux comme offrandes rituelles pour s’assurer que la divinité sera clémente. Si ce protocole est négligé, le palais et ses habitants risquent de terribles malheurs. Étant donné que le bedhaya semang de Yogyakarta et le bedhaya ketawang de Surakarta sont tous deux des représentations de la légende du sultan et de Ratu Kidul, ils sont considérés comme des pusaka — des hommages divins, sacrés et précieux. La légende orale raconte que la déesse apparaît parfois dans le kraton et se joint aux danseurs, car le bedhaya, en plus d’être une danse d’amour est avant tout le symbole de l’union divine des hommes avec les dieux.

Bedhaya Ketawang

Le style bedhaya

L’influence de l’Inde sur le bedhaya est reconnaissable dans les gestes éloquents des mains et les mouvements presque désarticulés de la tête et du cou des danseurs. Cependant, les mouvements oculaires rapides et les expressions faciales prononcées — si répandues dans les traditions de la danse indienne ou balinaise — sont sensiblement présents dans cette forme de danse. En digne danse de cour, le bedhaya est une danse typique au style pur et raffiné, considéré comme la base de toutes les autres danses javanaises. En raison de sa lenteur, de sa technicité et de sa durée, le bedhaya est la technique de danse féminine la plus difficile, dans laquelle les danseuses sont entraînées à se déplacer sans effort et de manière fluide, aérienne, presque divine.

Le bedhaya pendant le Nouvel Ordre de Suharto

Au cours des purges de 1965-1966 initiées par le général Suharto, qui entraînèrent la disparition d’environ un million de communistes présumés, des milliers de danseuses folkloriques — souvent perçues comme de gauche car représentant les droits des femmes de la classe ouvrière — furent incarcérées, torturées ou assassinées. Pour accroître la puissance de son régime autocratique, Suharto adaptera certaines danses pour l’exportation, afin d’idéaliser la culture noble de l’Indonésie, allant même jusqu’à utiliser des danseuses dans ses campagnes de propagande. Les danses de cour javanaises telles que le bedhaya furent sorties de leur contexte, transformées et enseignées aux femmes fonctionnaires qui les exécutaient lors de missions diplomatiques et culturelles internationales. L’objectif du dictateur étant de démontrer la sophistication culturelle de l’Indonésie. Un demi-siècle plus tard, de nombreux Indonésiens redoutent encore à parler de ce passé, comme on peut d’ailleurs le voir dans les films récents de Joshua Oppenheimer, The Look of Silence, ou dans celui de Rachmi Diyah Larasati, The Dance that Makes You Vanish. Au lendemain du coup d’État militaire de 1965 en Indonésie, des danseurs folkloriques de Bali furent massacrés, tandis que des danseurs de palais javanais furent exploités pour glorifier le régime autoritaire de Suharto…

Danse bedhaya ketawang - Surakarta

Le bedhaya, équilibre parfait entre noblesse et élégance

Le bedhaya était considéré comme luhur, ce qui signifie littéralement haut et noble, emblématique de l’étiquette de la cour des souverains indonésiens. Cette danse ne parle pas d’émotion ou de passion, mais plutôt d’une élégance raffinée et discrète. Tout au long du bedhaya, une danseuse reflète ce principe social en maintenant une expression faciale sereine, un sourire presque imperceptible et un regard baissé, profond et pénétrant. Malgré le fait que la légende derrière le bedhaya repose sur l’union charnelle entre le sultan et la déesse des mers du Sud, les mouvements des interprètes ne doivent pas être séduisants. En exécutant cette danse au style raffiné, la danseuse doit trouver le juste équilibre entre tension et fluidité, entre passion et détachement. Afin de traverser avec grâce ces états fluctuants, les genoux des danseuses sont constamment fléchis, permettant au torse de s’incliner vers l’avant. Cette position permet aux hanches d’initier des changements de poids constants qui se traduisent par un balancement doux et contrôlé d’un côté à l’autre, parfois entrecoupé de mouvements verticaux lorsque les jambes se redressent.

Les costumes dans la danse Bedhaya

Dans la bedhaya, les ce costume de mariées et le maquillage facial prononcé sont identiques pour les neuf danseuses, renforçant le concept selon lequel, lorsqu’elle se déplacent à l’unisson, elles représentent les aspects d’une seule personne, d’un caractère ou d’une émotion. Chaque danseuse est étroitement enveloppée dans un dodot — une jupe de tissu batik qui traîne jusqu’au sol. Sur le devant, un carré de tissu s’étend en une longue traîne qui dérive vers l’arrière entre les chevilles lorsqu’une danseuse se déplace. Les danseuses de Bedhaya sont très habiles pour ce qui est de l’écarter adroitement de leur chemin avec leurs pieds nus. Une écharpe de sampur nouée autour de la taille tombe au sol et une ceinture brodée d’or, des bracelets et des anneaux décoratifs sont portés aux poignets et aux bras.

On remarque une grande diversité vestimentaire, selon les époques et les cours où elles sont jouées : dans le bedhaya semang de Yogyakarta, les danseuses portent une coiffe en or avec une plume, un poignard keris à la ceinture et un chemisier de velours brodé d’or. Dans le bedhaya ketawang de Surakarta, on peint sur le front des danseuses afin de rehausser la racine de leurs cheveux, un filet perlé recouvre leur chignon et leur blouse en velours est sans bretelles.

Danse Bedhaya à Java
Danseuses bedhaya (Java) © Bali Authentique

Différences et points communs entre les danses de Java et Bali

Bien que les danses balinaises soient proches en de nombreux aspects avec les danses javanaises, par la grâce et l’élégance des danseuses, par la souplesse et le dynamisme des interprètes, par la beauté des costumes chatoyants et des coiffes brodés d’or…, le principe dans lequel elles s’inscrivent diffère. En effet, à Bali les danseurs sont avant tout des gardes du corps des dieux hindous-balinais et des médiums spirituels dans les rituels de guérison. Ils se produisent dans des drames dansés pour maintenir leurs communautés en équilibre. À Java en revanche, les danseuses et danseurs royaux bedhaya, tout en racontant l’union romantique entre un sultan et une déesse, rendent avant tout un hommage au souverain.


Êtes-vous curieux d’en savoir plus ? Posez librement vos questions dans les commentaire (juste après l’article). J’y réponds toujours ! 😉

Goa Gajah, le temple de la grotte de l’éléphant à Bedulu

Goa Gajah, également connu sous le nom de Grotte de l’Éléphant, est un site archéologique d’importance historique à Bali. Dans cet article, je vous informerai de tout ce que vous devez savoir avant de visiter le temple de la grotte de l’Éléphant de Goa Gajah.

Un temple dédié à Shiva et la culture bouddhiste

Le temple de la grotte des éléphants de Goa Gajah remonte au XIe siècle. Construit à flanc de colline, là où deux cours d’eau se rejoignent pour former une jonction fluviale, le site était considéré comme un haut lieu sacré et le temple a été construit pour la prière et la méditation.

L’entrée de la grotte de l’éléphant représente un visage géant menaçant dont la bouche grande ouverte forme la porte. Bien que divers motifs animaliers et forestiers soient représentés par des sculptures sur la paroi rocheuse extérieure, le visage géant de la porte est considéré comme celui d’un éléphant.

Lingam Shiva Goa Gajah Bali

Goa Gajah est taillé dans une paroi rocheuse. Vous y pénétrez par la bouche caverneuse d’un démon. À l’intérieur de la grotte, vous pouvez voir des restes fragmentaires du lingam, le symbole phallique du dieu hindou Shiva. Vous découvrirez aussi son homologue féminin, le yoni, ainsi qu’une statue du fils de Shiva, le dieu à tête d’éléphant, Ganesh. Devant la grotte se trouvent deux bassins de bain carrés avec des jets d’eau qui jaillissent de six statues féminines.

Que découvrirez-vous en vous rendant à Goa Gajah ?

Situé sur la rivière Petanu, à la lisière du village de Bedulu, le Goa Gajah est ceinturé d’une majestueuse forêt tropicale, avec des ruisseaux et des chemins de randonnée construits pour vous emmener à travers les arbres. L’accès au terrain principal se fait par une volée de marches à partir d’une aire de stationnement en bordure de route, bordée de kiosques à rafraîchissements, de boutiques de souvenirs et de stands d’art comme il est de coutume dans tous les sites touristiques de l’île. Difficile donc de passer outre…

En atteignant la grotte, vous tomberez sur la grande salle de réunion wantilan et sur une collection de grandes sculptures anciennes en pierre, dont certaines ont été restaurées pour retrouver leur gloire d’antan. À quelques mètres de la grotte qui se trouve au milieu de la cour, il y a un étang de Patirtaan, un endroit pour prendre Tirta ou l’eau sainte pour la cérémonie.

L’étang sacré était à l’origine enterré dans le sol et a été retrouvé en 1954 par Krijgsman du département des antiquités. Cet étang sacré est complété par les statues équipées de douches sous forme de Widyadara (anges) disposées en un groupe de trois lignes avec 6 statues. Cependant, les archéologues supposent qu’il y en avait sept, selon le concept de Sapta Tirtha, les Sept Eaux sacrées qui ont une pureté égale à Sapta Nadi (les sept rivières purifiées de Gangga, Sindhu, Saraswati, Yamuna, Godawari, Serayu et Narmada).

Tout au long du complexe du temple, une variété de femmes dénudées et d’influences hindoues qui remontent au Xe siècle, ainsi que des reliques qui présentent certains éléments du bouddhisme qui, elles, datent plutôt du VIIIe siècle. Si vous êtes suffisamment observateur, vous pourrez repérer un certain nombre d’indentations qui témoignent des endroits où les prêtres s’asseyaient autrefois pour méditer.

À l’extrémité sud se trouvent de belles rizières et de petits ruisseaux qui mènent à la rivière Petanu – un autre site naturel qui fait partie des légendes locales. Le côté nord du complexe du temple est dominé par la culture bouddhiste, tandis que de l’autre côté de la rivière, au sud, la culture shivaïte prédomine.

Groupe de gamelans à Goa Gajah
Un groupe de musiciens balinais à Goa Gajah.

Comment se rendre à Goa Gajah ?

Le moyen le plus facile de se rendre à Goa Gajah est de louer un scooter ou une voiture avec chauffeur, car cet endroit est facilement accessible depuis n’importe quelle région de Bali. Si vous venez d’Ubud, il vous suffit de conduire vers le Sud d’Ubud, après le sanctuaire des singes, en direction de Bedulu, puis de tourner à l’Est (à gauche) sur Jalan Raya Goa Gajah. De nombreux panneaux indiquent le chemin vers Goa Gajah.