Gunung Kawi

Mes amis sont partis hier soir. David, Jonathan et Romain se sont envolés vers la France. Un petit coup de cafard dans cette maison bien vide tout à coup… Mais, aujourd’hui le soleil est resplendissant, j’enfourche mon scooter et me dirige vers le temple secret de Gunung Kawi.

Secret, parce qu’il se cache au fond d’une vallée dans le village de Tempaksiring, à 15 mn au nord d’Ubud. C’est un lieu captivant datant du 1er millénaire. Construit dans la falaise, ce sont de gigantesques blocs de pierre noire qui le compose. Le temple de Gunung Kawi est un lieu familier de tous les balinais. On y accède par une volée de 230 marches en galets. Au milieu coule la rivière Pakrisan.

On présume que ce sont les tombeaux du roi Udayana et sa famille, mais leur but initial reste oublié. Peu importe, le spectacle qui s’offre à moi est saisissant.

Au fond de la vallée un banian enveloppe le temple de ses innombrables branches. Des sources et des cascades jaillissent un peu partout alentour et les rizières s’étendent en escalier sur les coteaux abruptes de la vallée, clairsemées d’une forêt resplendissante de palmiers et d’arbres fleurissants.

Je m’aventure à pied le long de la rivière, en suivant le chemin emprunté par les planteurs de riz. Bientôt, le sentier s’arrête et se confond dans l’inextricable enchevêtrement de lianes et de fougères. Les touristes ne s’aventurent guère en ces lieux primaires; l’atmosphère y est douce, reposante mais je remarque toute une faune étrange d’insectes, de fourmis, d’araignées. À chaque pas je regarde devant, derrière mais aussi au dessus de ma tête, il ne serait pas étonnant d’y voir un petit python lové au creux des palmes…

Agus

Agus à l'œuvre sur une pièce d'HibiscusSylvain, un collègue de Gurvan nous a parlé d’un artiste local, Agus. C’est un sculpteur qui travaille l’hibiscus et réalise des masques somptueux. David et moi reprenons la route en fin d’après-midi en direction de son atelier.

Le soleil est encore haut mais de lourds nuages bleutés s’accumulent au loin. Finalement, nous arrivons sous une pluie battante. Agus, très heureux par notre visite nous propose un rafraîchissement artisanal. C’est un alcool de coco. Toutefois, même si la couleur blanchâtre laisse penser à du lait, la fragrance qui s’en dégage nous invite à poliment refuser.

Agus est un sculpteur remarquable et un artiste talentueux. Nous restons discuter un long moment avec lui. Ses masques sont somptueux, aux formes douces, foliacées, féminines. Des branches s’entrecroisent dans des cheveux onduleux, volutes sinueuses de bois pleines d’expression, formes et regards modelés à la gouge et au burin. C’est un artiste et nous sommes pris par les sentiments, nous lui achetons deux masques et je le dessine.

Il nous explique ensuite qu’il ne sait pas écrire. Il signe ses œuvres en recopiant un papier où son nom est écrit en balinais. On lui demandait 1 million de roupies pour apprendre à écrire. C’est une somme très importante et inabordable pour un très grand nombre de gens. Il a contribué à mon bonheur mais j’avais envie de faire plus, aussi, si je reviens un jour à Bali, je chercherais à l’aider.

Agus, sculpteur à Ubud

Dans l’Atelier de Pras

Ubud est en quelque sorte le Pont-Aven balinais. Il n’est pas une rue sans artistes-peintre, sculpteurs, artisans ou galeristes. Ce soir je rencontre un ami de Meiri, Pras, un artiste de la Kendra Gallery.

Les balinais adorent les couleurs éclatantes et chatoyantes, les ors, les pourpres, bleus céruléens et verts émeraude. Dans les costumes apparaît une riche palette de tonalités vives et chamarrées. Et la nature foisonne de teintes fuchsia, roses, orange et jaune dans les fleurs ; des verts anis dans les rizières et la végétation luxuriante de l’île ; des bleus, rouges vifs et bariolages multicolores des oiseaux…

Il est singulier de découvrir dans cet univers bigarré l’œuvre de Pras. C’est un peintre contemporain qui n’utilise que le blanc et le noir. Son atelier est un grand espace de mur blancs, où l’on pénètre par une petite porte. Sur les murs il peint et expose ses toiles monumentales. Pras a beaucoup d’humour, dans ces toiles apparaîtra souvent un élément insolite, contrastant avec  des graphismes plus réalistes et je ressens une touche de poésie et d’émotion dans la plupart d’entre elles.

J’ai toujours aimé le noir et le blanc, le crayon, le dessin à la plume. Il n’y a que peu de temps que je me suis réellement mis à user de la vivacité des couleurs dans mes dessins. Aussi, dans sa galerie je m’évade et les conceptions abstraites (voire absurdes) de Pras, ses phantasmes, ses visions ont des reflet oniriques.

The Art of Pras

Pura Batuan à Sukawati

Temple de SukawatiJe me suis arrêté près d’un banian, l’Arbre des Marchands. C’est une espèce de figuier géant, les racines se déploient en des milliers de veines qui sillonnent le sol et depuis les cimes redescendent des chapelets de lianes. L’arbre est sacré, aussi y construit-on toujours un temple à proximité.

Je me dirigeai vers Ubud. Après la traversée de Sukawati j’ai aperçu quelques balinais autour de cet arbre magnifique. J’ai sorti mon carnet et ai commencé à dessiner une des statues divines qui gardaient l’entrée du temple.

Un jeune homme s’est également arrêté, intrigué par ce que je faisais. Je lui montre quelques-uns de mes dessins. Quelques mots échangés en Indonésien et en anglais et il m’indique un très beau temple à quelques kilomètres de là, Pura Batuan. Lorsque j’arrive à Sukawati, la ville est en effervescence et les alentours du temple grouille de femmes et d’hommes en sarong. Dans certains véhicules qui passent, de grands paniers ont été renversés. À l’intérieur je remarque de nombreux coqs. Vraisemblablement une cérémonie vient d’avoir lieu et peut-être suis-je passé à côté de quelque combat de gallinacé !

Tant pis, le temple est ouvert et j’entre, appareil et carnet en main.

Le Sanctuaire de Besakih

Ce midi, nous déjeunons devant le temple de Besakih en compagnie de Made, un balinais rencontré sur la route qui nous a indiqué ce lieu exceptionnel. La vue est absolument imprenable sur les rizières et les montagnes environnantes qui se dévoilent peu à peu sous la couche de nuages.

Le soleil apparaît enfin et nous auront la chance de découvrir Besakih dans la lumière. C’est un haut lieu de culte composé de 23 petits temples perdus dans la montagne et reliés entre eux par des ponts, des forêts, des arches de pierre et de petits passages verdoyants. Besakih est le plus important ensemble de temples de Bali. La route sinueuse pour y accéder passe à travers le versant sud du Mont Agung.

Sous la montagne, des veines telluriques serpentent et se rejoignent à la mère de tous les temples, le Sanctuaire de Besakih, qui culmine à 1000 mètres d’altitude.

Dans la grotte de Goa Lawah

Les Indonésiens vénèrent de nombreux animaux, les singes, les tigres, les oiseaux, les éléphants et aussi… les chauve-souris. Dans certaines régions de l’archipel, des espèces peuvent atteindre 1,50 m d’envergure. Celles que nous allons voir aujourd’hui sont plus petites, elles séjournent dans la grotte de Goa Lawah, entre Kusamba et Padangbai.

Nous empruntons la route de Sanur puis rejoignons l’autoroute de la mer. Un circuit magnifique le long des côtes sur une autoroute en piteux état. Des portions de béton lisse entrecoupées de tronçons de terre et de gravats, où il faut jouer du guidon et du frein entre les ornières, les fossés et les trous d’eau. La circulation très dense n’arrange en rien le parcours qui devient presque dantesque à certains moments.

Nous franchissons des zones particulièrement sauvages, des sentiers de cailloux à travers rizières et torrents. Parfois la route n’existe plus où bien est-elle recouverte d’une vingtaine de centimètres d’eau. les pluies diluviennes des derniers jours ont fait déborder les lits des rivières et nous avançons prudemment car les chaussées sont très incertaines en ces régions.
Il est très impressionnant de traverser de telles zones extrêmes, elles paraissent si primaires et inhospitalières malgré la beauté des paysages alentours. Heureusement les autochtones accueille toujours chaleureusement les Orang ule* de passage surtout lorsqu’ils sont en sarong !

Les chauve-souris étaient bien là, dans une caverne à flanc de montagne, au sein d’un temple de pierre noire. Goa Lawah fait partie des neuf Kayangan Jagat, des temples directionnels qui protègent Bali des mauvais esprits. Nous sommes arrivés pour une cérémonie et avons pu profiter ainsi d’un moment de recueillement dans ce lieu magique et insolite.

* Orang ule : les personnes « ajoutées », qui ne sont pas d’ici.

Jelek Kuta Beach

Il est un lieu à Bali où l’univers machiavélique des systèmes occidentaux a élu domicile, une ville où d’avilissants brigands se partagent les quartiers comme de viles araignées sur une toile de déchéance.

De Sanur, où nous avons dîné près des plages en regardant le coucher du soleil, nous rejoignons le centre-ville puis un taksi nous emporte vers la station balnéaire de Kuta. Nous parcourons les quartiers pauvres de Sanur et les rues de la prostitution. Dehors il pleut averse comme si quelque divinité avait décidé de semer le parcours d’embûches. L’arrivée dans Kuta Beach nous plonge directement dans la malveillance du lieu.

C’est un repaire de touristes égarés, hagards, violents et les rixes semblent être ici monnaie courante. Nous croisons sur notre chemin, parmi les amoncellements d’ordures et les rats qui courent dans les ruelles sombres, une faune d’écorcheurs et de gibiers de potence qui nous propose à la sauvette quelques grammes de poudre blanche ou d’ecstasy. À l’entrée de chaque cabaret, de chaque assommoir et de chaque boîtes de nuit, les prostitués haranguent les passants à la recherche de quelques dollars en échange d’une nuit de plaisir.

Je ressens dans ces bas-fonds aux allures de ville moderne une grande souffrance, une pauvreté intellectuelle et spirituelle. C’est l’antre des démons, mais ceux-ci sont bien humains.

Nous pénétrons dans le temple de la musique techno et de la débauche par excellence : le Sky Garden. Une discothèque de quatre étages où l’on vous fouille à l’entrée. Car il ne faut pas oublier les attentats de Kuta en 2002 et 2005 qui avaient fait de très nombreuses victimes dans la communauté touristique. Même si je dénonce l’abomination de tels actes, je devine pourquoi certains pensent devoir en arriver à de telles extrémités.

La discothèque s’étend sur quatre étages, baignés de lumières et de lasers incandescents, dans une musique tonitruante à vous percer les tympans. Les scènes sont enfumées des vapeurs bleutées de cigarettes américaines et il est toujours délicat de traverser les passages encombrées de danseurs et danseuses critiquement éthylées. L’alcool coule à flot, car ici le verre de vodka de 20 cl coûte en moyenne 20 000 roupies (2 €). Dans le deuxième étage, de délicieuses acrobates en bikini se déhanchent sur des musiques endiablées en faisant tournoyer dans les airs des bolas enflammées. Parmi la foule, d’autres filles sont là, également légèrement vêtues. Elles attendent les clients que la nuit ne tardera pas à leur servir.

4 heures. Fin de soirée, les néons se rallument et la musique s’arrête. Dehors, dans le flot de taksi qui rentrent et la clameur des pots d’échappements, de pauvres êtres au regard vitreux tourné vers le néant, errent çà et là sans but sous la bruine matinale. C’est un lieu horrible, hideux, mais c’était une étape de mon voyage et je ne la regrette pas. Bali est un paradis et Kuta est l’enfer au sein de cet Eden.

Excursion à Batubulan

Cafe Dewi SitaIl est 16 heures. J’ai cherché ma route des heures durant car il n’est pas évident de rouler dans le flux de la circulation sans regarder les paysages exceptionnels qu’offrent l’île de Bali ou de s’arrêter dans les nombreuses échoppes et ateliers de sculptures qui jalonnent les routes de Batubulan et Ubud.

 

J’étais parti à la recherche d’un cadeau pour ma mère resté en France, car c’est aujourd’hui son anniversaire. Finalement, après avoir perdu la trace de Meiri et sans nouvelle de ma sœur qui semble avoir disparue dans la campagne en allant chercher son linge, je me suis arrêté m’offrir une petite pause réparatrice au Warung Simple de Meiri, situé dans la jalon Raya Sanggyang, à Ubud.

OffrandesJe m’assied, j’écris, et je m’allume une petite Sampoerna, les cigarettes balinaises aux clous de girofle. Je déguste ensuite — comme à mon habitude — un Nasi Goreng avec du poulet frit, fortement assaisonné de piment rouge. Cet après midi je vais aller faire un tour au marché de Ubud, c’est un endroit plein de petites boutiques où l’on trouve toutes sortes de tentures, de soieries, de sarong, de chemises en batik, des masques, marionnettes, sculptures et autres objets issus des savoirs artistiques des habitants de l’île. Le marché c’est également le lieu idéal pour trouver des variétés incroyables de fruits et de légumes de la région.

Sur le pas de la porte, un petit panier d’offrande en feuilles de bananier tressées. Ils jalonnent les routes, les temples et les portes des maisons. Quelques fleurs locales orange et fuchsia, des grains de riz jaunes au blancs, parfois un autre objet y est ajouté, une pièce, une bague. C’est souvent le régal des oiseaux de passages, des chiens et de toute la petite faune d’insectes locaux.

Je reprends la route plus tard dans l’après-midi en direction de Batubulan. C’est un grand village qui jouxte Ubud, riche de sculpteurs de pierre. Tous les bords de la route on trouve des ateliers et boutiques qui présentent des centaines de statues de toutes tailles. Ce sont des dieux, des démons et des animaux fabuleux qui iront orner les temples et les autels. Ici, dès leur plus jeune âge, les enfants sont invités à développer leur créativité et leur imagination. Sur le bord des routes il est fréquent de voir de jeunes enfants entrain de peindre ou de sculpter des pièces de bois.

Horizons émeraude et balade en moto

Terminal KL - MalaysiaC’est en survolant la région de Kuala Lumpur que j’ai réellement pris conscience du dépaysement. Les heures de vol et la fatigue accumulée entre les attentes dans les aéroports et le décalage horaire m’avait fait perdre un peu la notion des choses merveilleuses qui m’environnaient.

Kuala LumpurVu d’en haut, les campagnes ne sont que palmeraies verdoyantes, parcourues çà et là de fleuves et torrents tumultueux, un volcan aux pentes bleues apparaît à l’horizon. Et maintenant nous survolons la mer, bleue, verte, et le ciel est plein de petits nuages cotonneux, d’autres encore comme des duvets filandreux. Par moments de petits îlots de verdure surgissent au milieu des étendues gigantesques de l’Océan Indien, des atolls et récifs coraliens perdus dans l’immensité de la mer.

vue aérienneSous la fine couche de nuage Sumatra se dévoile enfin, le soleil décline peu à peu jusqu’à plonger dans l’océan et nous approchons des lumières scintillantes de Denpasar, perdu dans le crépuscule rougeoyant des mers d’Orient.

Bali. J’ai retrouvé ma sœur qui m’attendait à l’aéroport et après quelques transactions difficiles pour trouver un Teksi à moins de 200 000 roupies, nous voilà tous deux à Batu Bulan. C’est une petite bourgade situé à une vingtaine de minutes de Ubud. Batubulan signifie Pierre de Lune (Moon Stone comme on dit ici). Et en parlant de lune, celle qui se dévoile peu à peu à travers la couche nuageuse est bien curieuse à cet endroit de la terre : jaune d’or avec un axe horizontal !

Je déjeunerai ce soir en compagnie de mon neveu, de Agung, David, Romain, Jojo, Neige et ma frangine. Un grand comité d’accueil qui attendait ma venue avec impatience. Direction le Café Wayan à Ubud, un jardin exotique et fleuri agrémenté de fontaines, de bassins et de statues de divinités. Un endroit reposant et envoûtant, idéal pour se ressourcer après ces 24 heures d’un voyage éreintant.

Circuit moto BaliNous partons avec la moto, le traditionnel moyen de locomotion des balinais. On roule habituellement à gauche, mais il arrive que dans le flux très dense de la circulation on emprunte la voie de droite, un sens interdit ou une voie à sens unique, en évitant de justesse un trou béant dans la route ou la queue d’un chien qui aboie en traversant ! Les indonésien sont très respectueux sur la route, chacun respecte l’autre et si vous restez suffisamment attentif à votre course, sans trop essayer de profiter de la vue ailleurs qu’en face de vous, tout se déroule pour le mieux. Par exemple, lorsque l’on quitte la rocade de Gianyar, une œuvre d’art macabre est là pour nous rappeler qu’à Bali le code de la route est moins respecté que celui de la religion, et qu’il requiert une totale concentration, de l’amabilité et le sens de l’humour !

Toutefois, il est vrai que ce premier voyage m’impressionna largement et, pour se plonger d’un coup dans la culture locale, il n y avait rien de tel !

Saya berbicara bahasa Indonesia

Je viens de faire la découverte d’une application sensationnelle dans mon moniteur : il s’agit d’un dictionnaire ludique de e-learning pour apprendre l’indonésien ! Je pratique et j’apprends vite. Je sais maintenant compter jusqu’à mille !

Le principe est finalement très simple bien que les dix premiers chiffres possèdent de nombreuses syllabes, à la différence de notre langue maternelle. En effet, un se dit satu, deux se dit dua, tiga, empat, lima, enam, etc. Huit se prononce delapan, et neuf sembilan. Il est impératif de maîtriser les dix premiers, ensuite il suffit d’associer les chiffres et des lire à la suite avec quelques variantes pour onze (sebelas) et les centaines (seratus).
Un jeu permet  à la fin de la leçon,  de valider de façon ludique mes connaissances. J’ai 28 ans et en Indonésien cela se dit dua puluh delapan !

J’affectionne cette langue. Elles reste assez simple d’apprentissage et je commence à l’utiliser avec l’équipage, lequel semble apprécier mes démarches pour tenter de communiquer dans leur langue natale. Ne trouvant pas le sommeil dans les vibrations de l’appareil, je continue mes leçons jusqu’au petit matin.

Au petit déjeuner, une spécialité locale à base de ayam (poulet), de nasi (riz) et de kelapa (noix de coco). Un premier goût de cette exotisme culinaire pour bien démarrer la journée sous cette nouvelle latitude. Dans deux heures, nous nous poserons en Malaisie.